Correspondance de P. J. Proudhon - Vol. 1 - 1875

I ' \ I - f76 CORRESPONDANCE Paris, 9 février1.840. ·. A M. BERGMANN Quoi I mon cher Bergmann, tu vas jusqu'à t'attendrir sur moi l Je n'ai pas voulu te faire pleurer et t'é1nou- voir; j'ai deviné tes chagrins et j' ai voulu t'en mon- trer de plus grands. Qui peut donner des consolations, si ce n'est celui qui souffre? Les paroles de l'homme heureux et content sont amères à l'inf ortune; elles sont un poison versé sur une blessure. La vérité est telle en ce qui me touche, que je te l'ai dépeinte; mais, rnal- gré mon sombre désespoir, ne crois pas que je sois près d'y céder. Non, je n'attends rien, ni àu public qui ne me connaitra jamais, parce que la barrière qui m'en sépare est infranchissable; ni de mes patrons, parce que ce -sont des. poltrons, des égo1stes et des corps sans intelligence; ni des hommes spéciaux qui pourraient m'entendre mais que l'esprit de propriété littéraire et philosophique étouffe; ni enfin des trom- pettes de l'opinion publique, parce qu'elles ne com- prendront jamais de moi autre chose, sinon que je les hais et les méprise. Mais je compterai toujours quel- .ques ames pures parmi mes amis, et parmi ces ames pures, de hautes intelligences. Crois-tu que j 'ambi- Biblioteca Gino Bianco • '

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