Correspondance de P. J. Proudhon - Vol. 1 - 1875
, DE P.-J. PROUDHON. 169 Leur exaltation révolutionnaire me semble aujour- cl'hui voisine du désespoir; ils savent que le plan de Paris est tiré par le gouverncment de manière à occu- per subitement tous les points de la ville à la première émeute; ils savent qu'ils ne peuvent se soulever au- jourd'hui ~ans étre massacrés par milliers. C'est cette impuissance meme qui les rend plus terribles. J'en ai vu qui~ après la lecture du dernier ouvrage de Lamen- nais, clemandaient des fusils et voulaient n1archer à l'instant. La pron1esso qu'on leur fait de les e1n_ploye1· bientot: seule les retient. Du reste, ils n'aiment ni Laffitte, ni Arago, ni tous les réformateurs de journaux et de tribune : ils parlent de massacrer le premier qui, n'ayant pas combattu, leur parlera de modération, cl'ordre ou de respect des propriétés. Ils se proposent d'écraser les légitimistes et les bonapartistes : c'est une violence enragée, entretenue par la misère où ils se voient, l'incurie des gouvernants, et les intermina- hles déclamations des hommes qui se disent républi- cains. Il est indubitable que s'ils étaient les maitres, leur règne ne durerait pas quinze jours; car ils se dis- perseraient d'eux-memes, par l'effet de leur propre désorganisation; mais ils auraient eu le temps de donner aux hommes pub]ics une effroyable leçon. Jugez de ce qu'ils pourraient faire par ce qu'ils pratiquent aujour- d'hui. De temps en temps, il y a parmi eux des mou- clta1·ds, des traitres. Aussitot qu'un individu est con- vaincu par son propre aveu de ce crime, ils prennent leurs mesures, surprennent le malheureux, lui tordent le cou et le jettent à la Seine. Plusieurs y ont déjà passé; la poli ce n' en sait rien. Cela est exécuté de sang- froid par les exécuteurs de cette es_pècede Vekme. J e crois ql1'ils ont des listes de proscription. Ils regardent BibliotecaGino Bianco
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