Correspondance de P. J. Proudhon - Vol. 1 - 1875

• ' ' I -168 CORRESPONDANCE ce qui se passe. Je me trouvai un jour, dìnant ~vec Pauthier, en face de G*** : c'est un .fier imbécile que M. G***. Figure ignoble, esprit faux, ignorance à pré- tentions, suffisance ridicule, air plein de dédain, on <lit encore qu'à ces belles qualités M. G*** joint le généreux talent d'exploiter comme un petit s .... ses confrères plus pauvres et plus obscurs que lui. J e l'ai mené dur. Monsieur entretient des maitresses; mon- ' sieur n 'aime point à entendre parler de sa famille; monsieur reçoit le samedi ; monsieur se fait moquer de lui et il le mérite. J'ai pro1nis d'aller à ses soirées : je ne sais pas encore si je m'y présenterai une fois. Tout conspire à la fois contre le gouvernement : il y a eu ces jours derniers gala de bonapartistes; les hen- riquinquistes vont en Italie; les républicains grincent des dents. Il y a 30,000 tailleurs qui ne font rien; al1tant à proportion des autres états: on porte à 150,000 le non1bre des ouvriers sans ouvrage. Co1nment vivent- ils? G:'est un mystère. Voici l'explication de ce phéno- mène: Ce ne sont pas toujours les memes qui chòment; mais ils travaillent tour à tour, un jour, deux jours par semaine, sans que cette succession ait d'ailleurs rien de fixe. Lorsqu 'ils ont gagné 3 fr., 4 fr., 6 fr., le besoin de se restaurer les conduit aux barrières : là ils ne font pas barnboche, ce serait inexact; ils mangent du veau et du pain et boivent un litre de vin à dix sous. Comme ils se réunissent pour faire cette ripaille, ils y passent la journée, n'ayant d'ailleurs rien à faire, chantant des chansons républicaines, et le lende1nain ,se remettent au jeune. Cinq sous, quatre sous, un sou mème de pain leur suffit par jour. L'estomac bientòt délabré par ce régime, ils gagnent une affection de poitrine et vont mourir à l'hòpital. \ Biblioteca Gino Bianco

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