Correspondance de P. J. Proudhon - Vol. 1 - 1875

104 CORRESPONDANCE resse créent seules les obstacles; que le mal ne vient que d'une sotte et vaine opiniatreté; non, j'éprouve tous les jours, à chaque minute, que l'isolement, la méditation solitaire sont le seul élément vivifiant de rnes facultés (j' ai autant besoin de m'écarter des hommes que de vivre dans le plus complet oubli des exigences sociales et de moi-méme). Je reconnais vo- lontiers tout ce qu'a de ~acheux une telle disposition, mais elle est donnée par la nature. Tel homme a besoin de l'excitation continuelle d'une grande ville, du monde, des salons; tel autre doit chercher le recueillement et la contemplation dans la solitude. Voltaire et Beaumar- chais se trouvaient bien du pr~mier genre de vie ; Roussaau et Saint-Pierre n'ont été ce qu'ils furent que par le second. Depuis mon arrivée au sein de Paris, malgré tout le soin que j 'apporte à fai re le vide autour . de moi, j'ai senti diminuer sensiblement la force et la fécondité de mon esprit; mon horizon s'est rétréci; incapable d'étre bien dans ma condition présente, j'y suis plus n1al qu'un autre, et ma défaillance s'accroit encore de toutes les appréhensions que me donne mon état. J oignèz à tout cela les ennuis toujours renaissants que me cause une exploitation onéreuse pour moi et dont je ne puis me défaire; et pour peu que vous tiriez dcs conséquences, vous comprendrez facilement tout ce qu'a de faux et dc délicat ma position . . Lancé dans l'arène, je ferai de mon mieux pour ar- river jusqu'au bout; mais comme je me crois seul juge des moyens que j e dois employer, il pourra bien arriver qùe j'agisse en quelques points autrement que ne l'en- tendrait peut-ètre l'Académic. Il est possible, par ~xemple, que j 'aille passer ma seconde année à Stras- bourg, cntendro lo scul philosophe quo la France pos- Biblioteca Gino Bianco

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==