Correspondance de P. J. Proudhon - Vol. 1 - 1875

DE P.-.J.PROUl)HON. 103 leurs; non, la bonne foi ne va pas jusqu'à une telle ab- négation. Tout cela me rend plus mutin et plus fa- rouche encore que je n'étais venll. Je vois M. Droz deux fois par semaine; j'ai fait une visite à M. Jouffroy, il y a trois mois, et j 'en reste là. Je ne suis tourmenté d'aucun sentiment d'indépen- dance exagérée : celui qui peut avouer tout haùt tout ce qu'il pense, tout ce qu'il veut faire, est le plus libre des hommes. Je puis jurer, d'autre part, que nul moins que moi n'est tourmenté de l'ambition de la fortune et de la gloire, et je n'en suis que plus disposé par là- mème à reconnaitre que si jamais je parviens à un cer- tain ensemble de connaissances littéraires et philoso- phiques, je le devrai tout entier à l'Académie. Ce qui me fait regretter ma nomination est la crainte f ondée de ne pas répondre aux espérances que j'ai fait conce- voir, et de voir la pension Suard périr entre mes mains. M. Droz l'a déjà reconnu; je suis d'une nature difficile, d'une humeur chagrine, défiante, ombrageuse et misan- thropo; et d'après nos conversations, aucune espèce de carrière ne s'est trouvée accessible pour moi. Je sor- tirai de jouissance à peu près tel que j'y suis entré, c'est-à-dire un peu plus instruit, mais sans destination littéraire. Reste done l' exploitation isolée de mon talent per- sonnel, si je m'en tr0uve un toutefois; mais 01.1 est la preuve que je suis assez riche de mon propre fond, que ma force est suffisante pour vaincre tous les obstacles? Les hommes d'un vrai talent, d'un mérite mème trans- cendant, ne manquent pas aujourd'hui. Ceux-là mème que seraient-ils si des fonctions publiques et d'im- menses relations sociales ne posaient leur individualité? N'allez lpas croire que ma mauvaise volonté, ma pa- Biblioteca Gino Bianco

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