Correspondance de P. J. Proudhon - Vol. 1 - 1875
DE P.-J. PROUDHON. 10·1 Le style est tel qu'il convient à un homme de goùt, pur, clair et correct, sans ambition ni recherche. J e lui sais gré d'avoir su plaire et intéresser sans aucune ostenta- tion de grandes pensées et de grands mots, et d'ètre demeuré en dehors de toute opinion tranchée. L'origi- nalité lui manque peut-ètre, mais c'est quelque chose d'avoir un bon sens aussi délicat. Dans la lecon non • écrite, M. Gérusez - et cela est naturel - est moins heureux. Je ne parle pas seulen1ent de· la diction, n1ais des idées et des jugements. A quoi bon répéter sans cesse que la Bruyère, M0lière et La Fontaine sont ini- mitables; qu'ils ont atteint la limite du genre, le point de la perfection, qu'ils sont à jamais placés hors ligne? Outre que cela est inutile et toujours fastidieux à entendre, cette proposition en elle-mème porte sur une observation incomplète. C'est, selon moi, une façon de raisonner très-fausse que de comparer Phèdre et La Fontaine, Plaute et Molière, etc., pour établir entre eux une supériorité quelconque. Que les écrivains français aient surpassé les latins, je n'en doute pas plus que M. Gérusez ; mais j e dis que si les uns et les autres ont été chacun de leur còté, dans leur civilisation respective, tout ce qu'ils pouvaient étre, ils sont égaux. Ce qui rend les uns supérieurs au_xautres, n 'appartient plus dès lors aux individus, mais aux sociétés. Ce que je dis là est aujourd'hui une vérité triviale, mais qui peut offrir encore des observations curieuses. Après Aristophane, il fallait transporter ses tréteaux à trois ou quatre siècles de là, dans un autre monde qui pro- fiterait de tout ce qui l'aurait précédé, pour avoir Plaute et Térence. Les révolutions des sociétés et le mouvement de l'e~prit humain an1ènent, après un laps de temps, une scène tout à fait nouyelle et des éléments Biblioteca Gino Bianco
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