Correspondance de P. J. Proudhon - Vol. 1 - 1875

98 CORRESPONDANCE Ces Messieurs, pour 1~ plupart, ouvrent leurs cours le plus tard qu 'ils peuvent; leurs 'leçons sont aussi courtes que possible, et dans ces leçons, ils ont soin de ralentir leur dé~it et de ~épéter leurs phrases assez pour qu'on leur sache gré, au bout d'une heure, de terminer la séance. J e reconnais volontiers tous les • avantages de l'improvisation d'une leçon faite comme sans préparation, elt abrupto; mais je soutiendrai tou- jours que, lorsque la nature nous a refusé ce merveil- leux talent, il vaut mieux fparler sur des notes écrites, sauf à se permettre, de temps en temps, les réflexions que le temps, la chose et l'auditoire inspirent. J'ai entendu d'abord M. Damiron, professeur d'his- toire de la philosophie moderne. Il en était à Gassendi. Jamais tribunal de juge de paix n'ouit un plus déplo- rable orateur. Ouvrez les ouvrages de 1VID. amiron, il est verbeux et feuillit, comme dirait Diderot, pompeux, académique, diffus; il ne manquc pas d'élégance et d'un certajn mouvement; il a toutes les qualités et les défauts d'un avocat, d'un improvisateur, en un mot, qualités et défauts qui, d'après ce que l'on m'a rap- porté, l'avaient fait surnommer à l'École normale, Bou- teille-à-l' Enc1·e. Dans son cours public, c'est un tout autre ho1nme : les idées ne lui viennent pas, les mots encore 1noins; il se sauve à peine par les citations; et quand il se trouve épuisé, il se résignc alors à- nous lire quelque long fragrnent <le scs li vres imprimés. M. Da1niron paraìt avoir une certaine prédilection pour Ics reuvres que sa plume enfante; il a déjà produit un cours d,~psychologie, un cours dc logique, un cours de morale, une histoire de la philosophie au xrx 0 siècle : dans chacun de ces cours, il ne manque pas, toutes les cinq ou six pages, de vous renvoyer aux autres. Est-ce Biblioteca Gino Bianco

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