Correspondance de P. J. Proudhon - Vol. 1 - 1875

CORRESPONDANCE suis incapahle de tirer parti de mon savoir-faire, comme on l'entend aujourd'hui, et comme il faut absolument s 'y résigner, sous peine de se laisser pas~er sur le ventre. Avancer dans le monde et garder mes idées et mon caractère, son~ deux choses contradictoires; vous devinez sans peine laquelle je sacrifie à l'autre. Voilà, mon cher Maurice, le véritable sens de ma phrase : d'un autre coté, comme je sais très-bien que marchan- der n'est pas acheter, que·plus on déprécie sa marchan- dise, moins elle vaut, et que par conséquent c'est une chose en soi assez indifférente que j ~ exige plus ou · rnoins, j'ai résolu de ne jamais démordre de ce que je dis. Vous désirez savoir ce que je fais, ce que je compte devenir. Pour le moment, je fréquente les bibliothè- ques et rien de plus. Je m'occupe, en outre, de me pla- cer comme correcteur à quelque journal: c'est un travail qui se fait le soir, de huit à douze, et qui doublerait mon traitement. Avec cela, je commencerais à respirer. Mais je ne tiens rien; j' ai fait prendre note de moi à plusieurs personnes, à M. Berryer, entre autres; et, en attendant, j 'aviserai encore à autre chose. Si f étais assez niais pour oublier ma subsistance sur la foi de la pension Suard, je n'aurais pas dans six mois un morceau de pain. Je pourrais choisir d'autres voies de me pousser et me faufiler; je ne le veux pas. J e refuse d'aller aux soi- rées de M. Droz, de voir M. Nodier, M. Baguet, M. Jouffroy. etc., et je n'y mettrai pas le pied. Ma fa- çon de voir et d'agir tient un peu, vous le savez, de l'obstination; soit. Si je vaux quelque chose, ce n'est que par là. Ma nomination par l'Académie n'a pas effacé mes souvenirs, et ce que j'ai ha1, je le ha'irai tou- jours. J e ne suis pas ici pour devenir un savant, un littérateur homme du monde ~ j 'ai des projets tout diffé- Biblioteca Gino Bianco I

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