La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

ï5..J- LA REVUE SOCIALISTE maiIJtenir les prix, 11•~sont pas des trust:,:; les .-\méri..:.1ins font, aYec raison, une différence entre ceux-ci et les pools. Le pool est une simple Association d'usines ou de fabriques; le trust est une J11sio11 d'exploitations industrielles. Le premier est un organisme plus simple, d'une vitalité plus précaire et d'une existence généralement plus courte que Je second. La forme du contrat intervenant entre fabricants constituant un pool est celk d'une simple entente. Chaque industriel garde sa firme et reste maître chez lui. Il prend seulement l'engagement de vendre au prix fixé périodiquement par le pool et à ne pas dépasser le chiffre de vente convenu. A cet effet il y a préalablement un allot111eut entre les membres. Suivant son importance relative, chaque maison est classée et est censée représenter un tant pour cent de la vente totale. Ce tant pour cent détermine la quantité qu'elle peut vendre lorsque la direction du pool a fixé l'importance de la production totale dont elle veut, à un moment dom1i::, inonder le marché. Pour maintenir le taux des prix de vente, les pools organisent donc la restriction de la production. Pour arriYer à ce but, ils ne font pas seulement ce que nous venons d'indiquer, c'est-à-dire fixer à chaque membre producteur la limite de fabrication qu'il doit ne pas dépasser; souvent ils indemnisent des propriétaires d'usines pour qu'ils arrêtent tout travail et deviennent ainsi des membres contemplatifs de l'association. i\lais comme un tel arrangement est contraire aux lois, on lui donne une forme légale : par exemple - nous citons la manœuvre de l'un des pools de l'acier - l'usinier contemplatif vend fictivement. à un membre du pool, 300,000 tonnes de rails; celui-ci s'engage subsidiairement à payer un dédit d'un dollar par tonne s'il refuse d'en prendre liwaiso11 à une époque déterminée. Bien entendu il refuse quand le terme convenu arri\·e et il doit « légalement » 300,000 dollars à l'autre, lequel s'est tranquillement croisé les bras et reçoit le prix de son inaction. La réussite d·un pool dépend en grande partie de la bonne foi de ses membres, qui doivent observer scrupuleusement l'engagement qu'ils ont contr..tcté quant aux prix et à la restriction de la production. Cette bonne foi ne se rencontre pas toujours chez les industriels et son absence est une des causes fréquentes de la dislocation de l'entente. Parfois on cherche à assurer l'exécution de l'engagement par une sun·eillance acti\·e et séYère. C'est ainsi que le pool des -.,t•ire11ails (clous fabriqués a\,,:c des fils de fer étirés) a\·ait placé, dans chaque fabrique affiliée, un inspecteur armé des pouYoirs les plus étendus, pouvant pénétrer partout, lire toute la correspondance, vérifier toute la comptabilité. Mais une pareille tyrannie n'est évidemment admise que très rarement. Si maintenant nous passons aux trusts, il nous suffit d'examiner la nature du contrat qui les établit, pour voir apparaître nettement la démarcation profonde qui les sépare des pools. Au point de vue juridique, la clause essentielle d'un trnst véritable est celle par laquelle les actionnaires de chaque compagnie contractante se dépossèdent, remettent leurs titres à des trnstees, des administrateurs du nouvel organisme et reçoivent en échange des tr11st certifitates, dés àctions du Trnst. C'est cette dépossession Yolontaire qui constitue réellement le trnst, parce qu'elle affirme le plein pouvoir de celui-ci,

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