La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE et le trust : !e pool, simple association d'usines gardant chacune, quant aux procédés et à l'organisation de la production, son individualité et son autonomie, n'obéissant à un organe central que pour la circulation, c'est-à-dire la quantité et le prix de vente; le tnist, fusion complète de quelques grands établissements en une exploitation unique, organisme nouveau avec une technique nouvelle de fabrication et d'échange, en rapport avec sa masse nouvelle. li convient de considérer en outre que le trnst est le produit naturel d'une organisation industrielle rnùre pour la centralisation, tandis que le pool, qui prend naissance dans un milieu où la concentration industrielle n'est pas assez ,l\'ancée pour déterminer la formation d'un trust, est avant tout une œuvre artificielle, dont les opérations ont un caractére marqué de spéculation. Il en résulte que les deux espèces de monopoles, bien qu'ils soient créés pour répondre à un même désir d'enrichissement des possesseurs de capitaux, procèdent suivant des méthodes différentes : le trust réalise des bénéfices par le perfectionnement de la fabrication, la diminution des frais généraux, la suppression de luttes coùteuses et atteint le but sans hausse extravagante des prix et souvent même avec une réduction de ceux-ci; au contraire, le pool, dont l'organisation n'exerce aucune influence bienfaisante sur le mode de produire, opère par une action brutale sur les prix, se traduisant par une hausse nécessairement accentuée, le pool devant profiter du premier moment de surprise et encaisser ses bénéfices avant l'arrivée des concurrents. Les exemples fournis par les industries monopolisées aux États-Unis démontrent que les choses se passent bien comme nous venons de l'indiquer. La monopolisation de l'exploitation de l'anthracite a donné lieu à un pool plutôt qu'à un trust. A l'entrée de l'hiver 1896-1897, au moment où l'entente venait de se conclure, le prix de la tonne d'anthracite fut subitement relevé d'un dollar; aujourd'hui les consommateurs de Washington paient les 1 ,ooo kilos de ce combustible de 6 1/2 à 7 dollars (fr. 34,12 à fr. 36,75), tandis qu'autrefois ils l'obtenaient au prix de 4 à 4,20 dollars (fr. 21 à fr. 23,50). Une illustration plus frappante est fournie par le pool des wire uails (1) (clous fabriqués au moyen de fers étirés). Ce pool fut créé au mois de mai 1895. Le 15 mai, le prix de base était de 85 à 95 cents le keg-(sorte de baril pesant 45 kilos); le pool le porta pour juin à I dollar 20 cents (le prix passa donc de fr. 4,25 à 6 fr.). Du 12 au 30 juin, on refusa constamment les commandes; on affamait les consommateurs. A la réunion de cc mois, les membres du pool décidèrent de livrer en juillet une quantité de barils égale à la moitié seulement dé la vente de l'année précédente et fixa le prix de base à I dollar 55 cents (environ 8 francs). La manœuvre réussit à souhait; les clous furent enlevés en quelques jours et le prix atteignit 2 dollars 5 cents (fr. JO, 50 environ) pour le mois d'aoùt. Le 1er septembre le prix de base fut encore augmenté de 25 cents (fr. 1,30). Il (1) Les wire 11nils sont venus détrôner ks eut 1111ils (clous d0coupés dans des plaques de tôle). Quand, en 18ï5, les deux esp~ccs de clous sont entres en lutte, le prix du ktg ctait de 20 dollars. En 188r, les u:ire 11ails tombaient à 10 dollars le keg, puis successivement à 4 dollars 81 cents, 2 dollars 85 cents, 1 dollar 50 cents et enfin 83 cents en mai 1897.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==