L'ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE DU GLOBE pas .c~ux de la période I~ro-1820. ni de la période 1840-1845, ni de la penode 1860-1865, mais ceux de la derniere décade du siécle écoulé. Et cette extension incomparable ne s'explique pas seulement par la péné~ration du machinisme dans les contrées exotiques jusque-la rivées aux modes d'-actiYité surannés et brusquement conquis au régime derusine, Japon, Australie, Canada, etc.; elle doit être imputée aussi et peut-être da\'antage à la réorganisation de vieilles nations dont l'agriculture avait jusque-là absorbé toutes les forces, Allemagne, Russie - et, à un moindre degré, Union Américaine. La prépondérance de l'agriculture, enYisagée comme principe de richesse et comtlile domaine de l'effort humain n'a cessé de fléchir aù ' ' fur et à mesure que la ci,·ilisation accroissait sa zone d'influence. Depuis de longues années, nos statisticiens se lamentent sur la dépopulation de nos campagnes, sur le mouvement irrésistible qui entraîne les ruraux vers les Yilles, sur l'appel triomphant que la manufacture lance par les sillons désertés. Le phénoménc n'est pas spécial ù la . France. Bien avant de s'affirmer chez nous, il était intervenu, et aYec une autre intensité dans les comtés Britanniques. L'Allemagne de la glébe s'est déracinée malgré toutes les attaches féodales et les traditions séculaires. La cheminée d'usine déroule ses volutes de fumée ù travers le Far-\Vest Américain, que le fermier délaisse pour l'industrie. Et voici, que même la Russie nous offre le spectacle de cette puissante migration vers les grands foyers de production, a\'ec ses mougiks partagés entre la terre, cette Yieille nourriciére, et la fabsigue, dévoreuse d'hommes. A coté des Manchester, des LiYerpool, des Dusseldorf, des Dortmund, des Essen, des Saint-Etienne, des Roubaix ont surgi Lodz, Briansk, Osaka, Johannesburg, et toutes les grandes métropoles neuves, où l'humanité soustraite à l'influence du champ, du pré, de la vigne, vient s'entasser en d'effroyables bagnes. Déplorable changement peut-être, si l'on consulte l'hygicne; féconde poussée sans doute si l'on sait lire dans les lendemains, car ces cités mal- ' saines, et toutes pourries de miasmes, sont les laboratoires des réYolutions futures. Et d'ailleurs ceux gui protestent contre la désertion de l'agriculture et gui prétendent lui ramener les bras, gémissent en Yain, et complotent l'irréalisable. La consommation de produits agricoles dont le monde est capable demeure limitée; celle des objets manufacturés peut démesurément grandir. Si demain une forme sociale nouvelle l'emportait, où chacun obtiendrait une suffisante subsistance, il se mangerait certes plus de pain et de viande et de légumes, il se boirait plus de vin, mais la proo-ression ne serait pas extraordinaire; celle de la demande de vêtements, de linges, de meubles serait au contraire tell_e, que _nul n'en discernerait la fin. L'homme ne peut exagerer son alimentat1011 sans danger; +5
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