La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA >-:ATCRALJSATIO~ DES JUIFS ALGÉRIENS sibies consommateurs : la police ;;rrète ... un Arabe. Quelques jours après, trois conscrits israélites crient: ViYent les Juifs! - et ils sont condamnés pour tapage injurieux. Si le pauvre colporteur juif fait un pas dans la rue, le policier est à ses trousses pour gagner un galon de sous-brigadier en l'accablant de procès-verbaux·. Achète-t-il une denrée de bas prix, la seule qu'il puisse s'offrir? Vite, on l'expédie en police correctionnelle pour mise en vente de marchandises impropres à la consommation. Quelque vieux turban tient-il encore ses registres en caractères arabes, ainsi que le font tous les musulmans? il est cité comme banqueroutier. Un gamin de dix-sept ans répond-il à d'indignes provocations? son dossier est bien vite cuisiné : rebellion, outrages, menaces, voies de fait, toutes les herbes de la Saint-] ean. D'ailleurs dès qu'un Juif est arrêtè il va sans dire qu'il .est coupable: on le condamne avant de le juger. S'il est acquitté comme . Gniassa, on insinue à la tribune qu'il le doit au talent de son aYocat. S'il achète des terres, chose licite à M. Morinaud père, mais éYidernment interdite à un Zermatti, on s'écrie aYec M. Morinaud fils qu'il les a « prises ». Enfin il n'est pas de procéM odieux qu'on n'emploie pour déconsidérer le Juif; contre lui tout est permis, tout est possible, sauf le bien. Dans un procès récent, on a vu un avocat écrire à un témoin pour le prier de s'entendre avec lui, avant l'audience, en vue de concerter leur déposition. Le même individu vient d'être condamné . définitivement par la Cour d'Alger à six mois de prison et 25 francs d'amende pour abus de confiance. Personne n'a commenté cet arrêt qu'il faut aller chercher dans le coin le plus obscur d'une gazette. Un autre vient de diriger une attaque en bande à main armée la nuit et d'organiser de graves dèsordres à Oran. Si un avocat israélite aYait fait une peccadille, on en hurlerait de Biskra à Alger. Les contrebandiers étrangers sont connus de tous. Personne n'est poursuivi. On découvre à Constantine, derrière le tunnel du chemin de fer, une fabrique clandestine de poudre: l'inculpé est un Européen, on fait le silence sur son nom et on classe l'affaire. On instruit à Oran la plus colossale affaire de fausse monnaie qu'on ait vue dans les annales criminelles. Comme les inculpés sont Espagnols ou naturalisés, tous les journaux prennent leur défense et l'instruction va aboutir à une série de non-lieux. Voili comment il y a des juges en Algérie. Dans ces conditions on est en droit de dire qu'un Juif dont le casier judiciaire est immaculé doit être fièrement irréprochable. Or voici les chiffres que fournit la statistique. De 1876 à 1881 la moyenne annuelle des détenus dans les maisons centrales et prisons civiles se décompose a1ns1 : Français, 771 ; Étrangers, 387; Musulmans, 3,043; Israélites,

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