REVUE DES LIVRES 5 I I son imagination et où involontairement on remonte le cours de sa vie et de ses pensées, c'est un bonheur très délicat que de découvrir tout à coup que telle opi~ nion vous est née de telle lecture, telle autre de telle conversation ou fréquentation. Et si vous remontez jusqu'à vos jeunes années et que vous évoquiez devant vous la théorie de vos professeurs, n'est-ce pas de ceux qui vous ont fait le plus penser, qui vous ont suggéré des conceptions sans vous les imposer, que vous vous souvenez le mieux et avec le plus de plaisir ? - Supposez qu'au cours de ces courtes rêveries seulement permises en vacances,vous vous rappeliez tout à coup que parmi les livres non lus que vous avez emportés dans votre malle et qui y sont restés, il s'en trouve un, précisément de l'un de ces anciens professeurs, résisterez-vous ce jour-là, et malgr€ le beau temps, à préférer ce compagnonnage à la plus belle promenade ?Non, vous irez prendre le livre, et le feuilletterez avec émotion et il vous arrivera, comme il m'est arrivé, de vous rendre mieux_ compte de vos prorres pensées, parce qu'en retrouvant des pensées de votre professeur de philosophie, vous découvrirez la filiation des vôtres, leur genèse évolutive. Voilà quelque vingt ans, et à peine plus âgé que moi d'un iustre, M. Le Bret fut mon professeur de philosophie, j'allais écrire mon raisonneur de philosophie. Et en lisant son petit livre, je me suis rendu compte d'où et pourquoi, par exemple, je n'avais jamais apprécié les facultés éducatives de Madame de Maintenon, et n'avais jamais souscrit à l'opinion de La Fontaine que le naturel de l'ènfant étai_t d'être mauvais et méchant, t.:tavais au contraire toujours cru, comme Benoit Malon, à la bonté imn1anente de l'homme, attendant simplement pour se montrer et porter ses fruits, que l'on sache ou veuille bien la découvrir, la cultiver et l'éduquer ... Aujourd'hui M. Le Bret est professeur de philosophie au lycée de Cahors, et chargé en outre d'un cours municipal de scie1ices morales à l'hôtel de ville c:idurcien. Et .:'est le schéma du cours professé que M. Le Bret livre à la publicité, en le dédiant à l'Université d'abord, et aussi à ses anciens élèves, qui y retrouveront sûrement, « comme l'écho élargi des entretii.:ns d'autre!ois, la vérité inscrite dans l'erreur, la bonté déviée dans la faute, et sous les défaillances éphéméres des hommes individuels l'élan indémenti de !'humanité vers la justice ». Les conféren.ciers des oeuvres postscolaires, déjà nombreuses mais encore insuffisantes, les instituteurs et les institutrices trouveront dans ce court volume des sommaires-directeurs et de précieux morceaux d'appui. - Tels les extraits sur la bonté immanente, - le devoir de la réflexion, - la beauté naturelle des enfants, - la valeur instructive des jouets, - la valeur expressive de la physionomie,- la consolidation de l'âme féminin_e,- les éléments de l'amour et du bonheur conjugal, - la liberté de pensée et de propagande et par conséquent le respect de toutes les thèses novatrices, etc ... Mais pourquoi à ce livre, résumé d'un ouvrage que M. Le Bret écrirait sans doute s'il était moins orateur, pourquoi à cet opuscule sans prétention uh titre aussi cherché : « Réformations inaugurales >>? Mais, parce que ce titre est tout un programme indicateur. Avant les refontes essentielles de la Société, l'éducateur qu'est avant tout M. Le Bret désirerait au pré:llable des réformations individuelles, familiales, nationales, esthétiques, morales et civiques. Il
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