LA REVUE SOCIAL!STE i avec les partis ouvriers d'alors, ni même avec le fouriérisme atténué de Godin, répondit Pierre. Croiriez-vous, par exemple, qL1e lorsque le fondateur du Familistère s'associa son personnel, il trou\"a des méfiances, des résistances, et même des hostilités, chez ceux qu'il Youlait émanciper! « L'affaire périclite, disaient-ils. C'est pour cela qu'il \"eut nous en charger les épaules. » Il dut leur prouver et reprouver, bilans en main, que son acte était absolument désintéressé, et que leur avenir et celui de leur famille était tout aussi assuré que celui des actionnaires de n'importe quelle entreprise en pleine prospérité. - Cela se conçoit un peu, dit un jeune homme qui n'avait pas encore parlé. Les patrons n'aYaient point l'habitude de faire de tels cadeaux à leurs ouvriers. - L'œuvre de Godin fut unique en France, reprit Pierre, car on ne peut lui comparer les participations aux bénéfices, très clairsemées, que quelques patrons acconlèrent à leurs ouvriers dans le cours du dix-neuvième siècle. A l'aurore du nôtre, songez qu'il n'existait qu'une participation aux bénéfices sur quarante-trois mille établissements, en dépit des prédications et des adjurations d'un groupe d'économistes qui voyaient dans ce système la part du feu à faire pour sauYer la société capitaliste de l'incendie socialiste. Les carnets et les crayons étaient sortis des poches, et les étudiants prenaient des notes. - Ainsi donc, dit la citoyenne Gauthier, la participation aux bénéfices ne s'est généralisée, et seulement pour une pcriode assez brcYc, qu'au lendemain de la révolution. - Oui, répondit le professeur. Contrairement à cc qu'avaient cru certains theoriciens du fatalisme économique, la réYolution sociale n'attendit pas, pour cclater, que le dernier outil eût été brisé par la machine et le dernier patron dévoré par les sociétés anonymes. - E\"idemmcnt, observa un étudiant, puisque c'est chez les patrons, et surtout les petits patrons, concurrencés et affaiblis par les grandes socictés anonymes, que les ouvriers étaient le plus malheureux et le plus opprimés. Ces monarchies absolues étaient plus tracassières et offraient moins de sécurité à la classe ouvrière que les grandes républiques aristocratiques; et celles qui se mèlaient d'être paternelles étaient plus oppressives encore que les autres, car l'homme y était tenu de pratiquer la foi religieuse et politique du patron, sous peine de remoi. Cette oppression triple régnait surtout dans les petits centres industriels. Dans les villages, le fermier exagérait encore son autoritarisme de patron; il prenait contre les malheureux qui lui étaient soumis une sorte de revanche des serYitudes féodales qui l'aYaient si longtemps courbé lui-même devant le seigneur de jadis. Mon bisaïeul a vu de ces maîtres battre ceux de leurs ouniers qui avaient mal exécute une tâche.
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