LA RE\' CE SOCIALISTE LE RÊVE DE PIERRE.DAVANTCr) (Suite) XI EXCURSION' o'tTCDES Le train filait à toute vitesse à travers la forêt de Yillers-Cotterêts. Dans le wagon-salon ou Pierre et ses éleves étaient réunis, la conversation était anirnce, mais non plus bruyante que dans un salon ordinaire, tant l'art des ingénieurs était parvenu à diminuer le vacarme que faisaient jadis les trains en marche. - Vous avez lu la notice que je vous ai fait remettre? demanda Pierre à un jeune Japonais tout menu. - Sur le Familistére de Guise? Oui, je l'ai lue, répondit le petit jaune. Elle a surexcité mon désir de connaître cette curieuse république ouvriére qui fut, pendant plus d'un demi-siécle, comme un îlot socialiste perdu dans la France capitaliste. Cet André Godin, disciple de Fourier, fut un maître homme. Que son ccuvre ait prospéré tant qu'il a vécu, cela ne m'étonne point. Mais qu'elle ait pu lui survivre et atteindre intacte le moment de l'émancipation générale, voilà qui me passe. - Mais, mon ·cher Sounkala, interrompit vivement une étudiante, relisez la partie de la notice consacrée aux statuts de la société, et vous comprendrez. Ces statuts, André Godin les fit Yéritablement draconiens, et il multiplia les précautions et les obstacles pour qu'aucune modification essentielle ne vînt, aprcs lui, en changer le caractére et les effets. De leur côté, tout en souflrant de cette hicrarchie de participants, de societaires et d'associés sans compter les auxiliaires, purement salariés et n'ayant point part à l'association, qui les divisait tout en les solidarisant, les ouvriers eurent le bon esprit d'être conservateurs dans le bon sens du mot et de ne point vouloir changer leurs batteries sous le feu de l'ennemi. Car l'ennemi, c'étaient les entreprises capitalistes similaires. L'exemple du succés crée les imitateurs. Des patrons et des sociétés surgissaient en concurrents; ils imitaient (r) Voir les numéros de juillet, août et septembre.
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