La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE mans. « li faut connaître l'Algérie, expliquait doctement l'immuable Marchal, les populations musulmanes, cet esprit de l'Islam si particulier et si étrange et si semblable à lui-même pourtant, à travers les siècles, pour comprendre la force des prc:jugés, de la haine, la puissance du mépris que manifestent non pas seulement en Algérie, mais partout l'uninrs les musulmans pour les Juifs ... Aussi la masse de la population musulmane a-t-elle été profondément froissée et indignce de voir transformer en citoyens français et surtout en soldats, des Juifs qu'elle s'était habituée à mépriser... Croyez-Yous que nous puissions dl'.:diagner constamment l'esprit <l'une ,·iolente, hardie et fanatique population qui est animée de pareils sentiments ? » Précédemment, à la même tribune de la Chambre, M. Samary avait conté la même histoire et prétendu montrer dans le décret « une des grandes causes du mécontentement des indigénes », - histoire que les antisémites ont empruntée à Du Bouzet, car ils sont incapables d'aYoir par eux-mêmes une idée ou un sentiment personnel. lis ont plagié sans le dire et mot à mot un réactionnaire honteux, un fonctionnaire Yaincu par le suffrage uniYerscl, que Crémieux dut remercier et qui ne lui pardonna jamais de s'être privé de ses conseils et de ses lumières. Pour libérer sa bile, ce commissaire extraordinaire, antiscrnite de la premiérc heure ( 1), écrivit une brochure oü tous les Samary et (1) M. Rouanet a très clairement expliqué les origines de cet antisémitisme prip1itif et très bien montré dans le cas Du Bouzet une illustration schématique de cet ét,1t pathologique. Cependant, nous dit-on, il y eut de l'antisémitisme en Algérie dès 18ïo. Oui, en effet, dès l~ lendemain de la proclamation du décret Crémieux il y a eu un parti anti- ;émite en Algérie. Voulez-Yous que je Yous dise en deux mots comment il s'est formé? Il y a la, en quelque sorte, le schéma de l'organisation de l'antisémitisme politique. Il est utile de le faire connaitre, parce que le cas a été i1woqué bien des fois par M. Drumont dans la Fra11ce]11iw et je sais qu'il le sera encore. En 18ïo, M. Crémieux, président de la délégation de la Défense nationale, avait nommé i\l. Du Bouzet, commissaire général de 111 Défense nationale en Algérie.Un jour, M. Du Bouzet s'est trouYé en opposition a,·ec la population algéroise; il a alors demandé à Crémieux de lui em·oyer sur le champ un décret organisant l'électorat municipal des Juifs qui n'était pas encore organisé, en disant que c'était lit une mesure non seulement urgente, mais encore absolument légitime. M. MARCHAL.- Les étrangers votaient aussi, à ce moment, monsieur Rouanet; ils faisaient partie des conseils municipaux; les Juifs \'Otaient également à titre étranger. i\1. GusTAVE RouANET. - Puisque M. Du Bouzet demandait il Crémieux de régulariser l'électorat municipal des Juifs, c'est donc que ceux-ci devaient prendre part aux élections municipales. i\!. MARCHAL.- Ils y avaient toujours pris part sous l'Empire. M. GusTAVE RouANET. - Pardon. Ils deYaient prendre part aux élections municipales, non pas en qualité d'étrangers, mais en qualité de citoyens français, sans quoi M. Du Bouzet n·aurait pas eu besoin de demander :1Crémieux le décret qu'il sollicitait de lui. Le décret fut transmis immédiatement; seulement les Juifs \'Oterent contre M. Du Bouzet. I.e soir mème du scrutin, celui-ci était antisémite forcené. L'historiette de M. Du Bouzet, c'est l'histoire de l'antisémitisme algérien.

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