La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA GRANDEUR DES ÉTATS-uNIS 197 campagne des Philippines, M. Mac Kinley a dû quadrupler l'effectif normal, le porter a 100,000 hommes. Au lendemain de la guerre de Sécession qui avait fait le,·er des armées gigantesques, l'Union avait réussi a re1woyer .dans leurs foyers des centaines de milliers, des millions de soldats. La tâche est autrement difficile aujourd'hui; elle est impraticable, car les contingents dressés a la hâte n'ont point à parer au phénomène inopiné et transitoire d'une lutte civile, mais à servir le phénomène durable et organique de l'expansion capitaliste. Loin de licencier ses troupes, le cabinet de \Vashington constituera sans trève de nouveaux corps, a l'image des gouvernements européens, qui exigent des générations toujours davantage, et qui, après avoir pris les valides, ont enrôlé les malingres et parfois les infirmes. Mais cette brusque intrusion de l'esprit militariste dans un pays jusqu'ici réputé pour son civilisme et ou, depuis Washington, les généraux s'étaient traditionnellement inclinés devant le chef d'État, ce développement des forces de terre et de mer qui entraînera l'extension corrélative du prestige des officiers, recèlent de graves dangers pour la paix intérieure. Qu'arrivera-t-il, un jour d'élection présidentielle, sur cette terre ou le plébiscite joue tous les quatre ans, si un capitaine victorieux s'avise de poser sa candidature? Déjà des symptômes d'une mentalité nouvelle se sont manifestés au cours de la guerre avec l'Espagne. L'indiscipline des généraux des Antilles est notoire; l'accueil enthousiaste que les populations du Sud ont réservé, à leur retour, aux vainqueurs, les Roosevelt et autres, a dénoncé la formation d'un rudiment de césarisme, que la presse « jaune », à l'exemple de la nôtre, s'efforce de surexciter. Qui sait si l'Union échappera au régime de la Présidence bottée, à un Consulat ou à un Protectorat équivoque, assis sur l'armée et perpétué par la violence? En tout cas, le renforcement des effectifs se répercutera sur ies budgets, infligeant à l'Amérique les charges fiscales dont elle se croyait à jamais émancipée. Les dépenses fédéral<>s s'élevaient en 1897-1898 à 1,555 millions. J usqu'ou monteront-elles demain? La dette qûi avait atteint des totaux écrasants en 1865-1866, qui excédait encore ro milliards en 1870, s'était abaissée aux environs de 4 milliards depuis 1889; il est bien évident que les emprunts, avec la politique nouvelle, seront inévitables et que les engagements du Trésor de Washington suivront la même marche que ceux du Trésor français, italien espao-nol etc. Les États-Unis seront donc acculés fatalement ' t, ' - plus ou moins tôt - plus ou moins tard - à la tension financière qui caractérise tous les pays du Vieux-Monde. Calculez, l'effet social de cette transformation, les difficultés d'ordre intérieur qu'entraînera la coexistence de budgets alourdis avec des conditions •

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==