LE RtVE DE PIERRE DAVANT 171 La dispute allait continuer, mais le public imposa silence aux deux amis, et l'on entendit Pierre continuer en ces termes : - J'affirme hautement que les avantages matèrie!'s accordés à ceux d'entre nous qui, donn:rnt un but pratique à leur enseignement, ne peuvent avoir aucune mauvaise influence sur les études désintéressées. C'est grâce aux perfectionnements matériels, aux im·entions et aux découvert.es, à l'accroissement du bien-être général, à l'extension de la Yie humaine, en un mot, que la science pure enrichit son domaine et élargit le champ de sa recherche. On parle toujours de l'action qu'elle exerce sur le developpement matériel et sur les progrès industriels de l'humanité. Il serait temps de parler un peu de l'influence que ces progrcs et ce développement ont eue sur l'avancement des sciences pures. Nos astronomes, linés à leurs seuls calculs et privés des puissants instruments de l'optique moderne, n'eussent pas fait beaucoup de progrcs sur Tycbo-Brahé. Songez que, d'Aristote à la fin du dix-huitième sit".cle, la philosophie générale a tourné sur ellemême comme un cheval de manège, et que ses développements ultérieurs ont coïncidé avec le dé\'eloppcment industriel du siècle dernier et de ce siècle-ci. Donc, ne craignons point. Plus nous lancerons de physiciens, d'ingenieurs, d'hygit'.:nistes sur le monde, et plus nous lui créerons le loisir salutaire qui cngendre les hautes pensées et les nobles desirs désintéresses. Prenons garde d'autre part de donner à l'humanite un trop grand cerveau sur un corps trop débile. Faisons en sorte que nos études soient l'ornement de la vie des meilleurs, et non la chicane à laquelle prennent part le plus vivement ceux qui sont le moins aptes à la soutenir. Ne les séparons donc pas trop absolument des arts techniques, si nous ne voulons pas qu'elles s'éloignent de la vie et se perdent dans le rêve stérile. Moralistes, ingénions-nous à trouver pour la jeunesse des jeux qui l'aident à passer sans peril les troublantes heures de l'éYeil de puberté. Juristes, contribuons à l'éducation civique de ceux qui seront un jour des citoyens. Statisticiens, donnons une vie réelle aux sèches opérations d'arithmétique, et glorifions-nous si nos preuves ont décidé les cultivateurs à donner un légume nouveau à la table du dernier d'entre nous, tout en augmentant leur propre bien-être. Historiens, utilisons les travaux des psychologues de la section d'anthropologie afin d'établir la psychologie des peu pies et de découvrir àans le nôtre de nouYeaux ressorts pour l'action vers le mieux. Faisons que les plus illustres d'entre no.us ne soient point déplacés dans une école de Yillage, et c'est encore à eux, au cher objet de leurs études, que nous aurons rendu service. . Parmi les professeurs, deux camps se formaient. Dans l'un, celui qui applaudissait Pierre, les hommes étaient les plus nombreux. Dans
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