620 LA RE\TE SOCIALISTE blissement de la République des fins telle que Kant l'a définie. Voilà pour le rêve. A l'état de veille, c'est la lutte sans trève contre les despotismes et les patriotismes. Le droit universel est négatif de la patrie. Que signifie une alliance franco-russe, une duplice, une triplice, une quadruplice même?« Le droit international, dit Eduardo Cimbali, n'a pas de nationalité l>, c'est un sans-patrie. J. Novicow se place au point de vue allemand. Il constate l'éclipse de l'idée du droit dans l'Allemagne contemporaine. « Savez-vous, écrit-il à l'auteur, ce que vous devriez faire. Vous devriez traduire votre brochure en allemand et l'envoyer à vos collègues des Universités allemandes qui sont si grands adorateurs de la force brutale. Ce sera une jolie leçon pour eux. Ces Latins qu'on proclame si dégénérés osent seuls lever la noble bannière du Droit devant çes Germains qui proclament si brutalement la prédominance de la tuerie. )) Gaston Moch parle dans le même sens. J. Westlake, de l'UniYersité de Cambridge, reste anglo-saxon. « Pour nous, écrit-il, le droit international est toujours celui qui règle les rapports des États, leurs droits et leurs devoirs réciproques. Vous n'attendez pas que, nous autres, fils du Nord, nous admettions l'antinomie des États et des peuples. Cela n'empêche pas, ajoute-t-il, que je n'admire du fond du cœur la générosité de l'idée que vous défendez ni la possibilité de l'établissenwnt, les circonstances aidant, d'une justice plus radicale. i> G. de Greef entre pleinement dans les vues de l'auteur; il admet que la paix internationale dépend de la substitution du principe fédératif national et international à la centralisation politique. Max Nordau appelle le moment 0{1 le droit international cessera d'êtrè une utopie. « Pas de droit sans sanction ; tant qu'il n'y aura pas un pouYoir universel pouvant imposer de vive force ses décisions en matière de droit international, ce droit n'existera que dans la tête de l'élite humaine. Mais nous qui croyons à l'évolution, nous avons la foi que ce qui aujourd'hui est l'idéal de quelques-uns sera demain ou plus tard la réalité pour tous. i> G. Tarde relève, en la soulignant, la polémique de l'auteur contre les idées renaissantes d'impérialisme, d'expansion nationale, de politique soi-disant coloniale, à la façon J. Lemaître et Bonvalot, ces étranges apôtres de la volonté. « Vous avez raison, écrit-il, de protester contre cette hypocrisie scélérate qu'on appelle «colonisation))' la dernière forme et la plus gigantesque qu'ait encore revêtue l'esprit de brigandage. Les colonies sont, sous prétexte de civilisation à répandre, un exutoire au besoin de spoliation et de massacre qui, n'osant plus se donner carrière entre États civilisés, est devenu article d'exportation, tout comme le cléricalisme de Gambetta, de Paul Bert et de Jules Ferry. On voit que G. Tarde ne mâche pas ses mots. Nous dirons à notre tour que, en dehors de sa partie polémique si virulente, l'ouvrage de Eduardo Cimbali est le
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