La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LE SOCIALISME ET L'EXPA~SION COLO~IALE COXTEMPORA!NE 569 chira - non sans amertume, aux conséquences de la pénétration et de l'appropriation des contrées de race inférieure. Dès aujourd'hui, au surplus, le Canada a étrangement restreint, en ses provinces, l'i~11portation métropolitaine. Il l'a réduite, en quelques années, de près de 50 °/o, n'achetant plus à la mère-patrie que le strict nécessaire. Ce n'est pas que son outillage lui permette déjà de se suffire à lui-même et de fermer, comme l'Union, ses frontiéres aux produits du dehors. Mais il préfcre acheter a sa grande Yoisine la Confédération de l'Amérique du Nord et multiplier, d'exercice en exercice, ses échanges avec les États industriels de l'Est et des Grands Lacs: autre illustration de l'impuissance économique de la colonisation. Tout récemment Lord Farrer démontrait dans la Co11temporarRyewiew l'inanité de la thèse autrefois courante : le pavillon commercial suit le drapeau. Il n'avait qu'à puiser dans les statistiques des dépendances Britanniques pour y recueillir de multiples preuves. Les tableaux du commerce de toutes les nations colonisatrices justifieraient aussi bien cet aperçu qui est aujourd'hui un ~impie truisme, une vérité incontestée, mais qui par malheur est à peu près inconnu des ministres comme des Parlements. * * * La colonisation ne contribue nullement à relever la condition des ouvriers par k grossissement des salaires. Peut-être si elle eût donné à l'industrie les profits escomptés, celle-ci eùt-elle consenti à améliorer, par politique, et dans une faible mesure, le sort du prolétariat. .tlfais comme l'expansion extérieure se solde beaucoup moins par des bénéfices, par des augmentations de trafic, que par des surimpositions fiscales, et que les créations d'impôts pèsenttoujours sur la production, la féodalité capitaliste n'a pu réaliser ses desseins égoïstes, où l'altruisme n'était qu'une façade trompeuse. On allèguera peut-être encore ici l'exemple de l'ouvrier anglais, dont l'étalon de vie a été notablement rehaussé par l'élargissement du débouché colonial britannique. Il est exact que le filateur du Lancashire ou le coutelier de Sheffield ou le tisseur de Dundee ont joui, durant de longues années, d'une condition plus stable et plus heureuse que les artisans du continent. Mais les salaires ont suivi Outre-Manche les oscillations mêmes des profits patronaux. Au fur et à mesure que ks marchés extérieurs se rétrécissaient, que l'exportation du RoyaumeUni se restreignait, que les contrées neuves d'Extrême-Orient et d'Amérique s'outillaient pour les fabrications autrefois monopolisées en Angleterre, les prolétaires britanniques ont été atteints par les grands chômages, et les réductions brusques des prix du travail ont

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