LE PROLÜARIAT JUIF EN ALGÉRIE 527 D'autre part, sauf dans quelques rares localités ou il vit encore à la maniére arabe, par exemple à M'sila et à Soukaras, il porte le costume européen, parle français ou du moins celui qu'il a entendu à la caserne et qu'il répéte avec une candeur comique: Il est bon et fidéle s0ldat, malgré les persécutions indignes dont il est victime, persécutions qui vont parfois jusqu'au crime. Électeur, il ne suit plus, comme on le prétend, le mot d'ordre des consistoires: la lecture des journaux, la diffusion de l'instruction, les reproches qu'il a subis de ce chef et qu'il a fini par comprendre ont produit leur effet. Il n'y a plus « d'autres moutons >> que les vieux turbans et les indigents que les consistoires font voter : encore sont-ils moins exigeants que les Espagnols d'Oran ou les Italiens de Mers-el-Kébir. Un vieux turban juif Ya au scrutin pour trois francs, un Italien ne se dérange pas à moins de dix francs. L'immense majorité a désormais conscience de sa dignité et de ses droits : le prolétaire juif a toujours été républicain, il est devenu socialiste; mais faute de candidat socialiste, il a cté réduit à voter pour ceux dont le programme faisait la plus large part aux idées d'égalité et de justice sociale. D'ailleurs son influence sur le résultat des scrutins a t:tc singulicrement exagérée par les antisémites qui, sur ce point comme sur tous les autres, ont mis en avant des chiffrc::sfictifs. La population juive algérienne reste stationnaire : de 4 3, r 82 en 1886 elle passe à 47,564 en r 891 et à 48,763 ( 1) en 1896. L'accroissement est donc insensible, tandis que l'élément étranger grandit dans des proportions énormes. En effet, de 1872 à 1891 elle a passé de 115,516 individus à 236,218. En même temps la population française d'origine a doublé et en fin de compte sur 89,915 électeurs, il y a seulement 7,739 Israélites soit 8,65 °/0 • On se demande comment ces 9 électeurs, dont 6 au moins sont des prolétaires ou des indigents, pourraient corrompre ou influencer leurs 91 concitoyens, et pourtant les antisémites ne cessent pas de répéter que ces électeurs juifs, qui ne représentent ni le nombre ni l'influence, menacent d'entraîner l'Algérie à sa perte et d'empoisonner à sa source ce noble et pur patriotisme qui inspire les nationalistes. Il est vrai que les prolétaires juifs, dont ils ont vainement sollicité les voix, ont refusé de voter pour eux. Aux persécutions de tout genre dont il est victime et qui viennent encore aggraver sa miscre, il aurait pu répondre par la violence : il se contente de souffrir davantage, comme le prouve la statistique de l'indigence. (r) Nous citons ici le chiffre officiel pour rendre logique la comparaison avec les données de 1886 et de 1891. (Voir le détail du point que nous traitons ici, Lenormand, ouvrage cité, pages 228-246 et pages 3-93-394.)
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