LE PROLl~TARIAT JUIF E~ ALGl~RfE 523 clientèle difficile et aYare. L'Arabe et le vieux turban ne délient pas facilement la bourse aux douros. Les ouvriers bijoutiers partent par groupes de quatre ou cinq avec une pacotille qu·c le patron leur a confiée ou bien emportant un kilo d'argent à Yendrc ou à échanger contre du bétail. Pl'ndant cinq et six mois ils vivent sous la tente : au retour, ils rapportent roo à 150 francs, qui, déduction faite des frais, laissent;\ chacun d'eux une somme dérisoire, si infime que nous ne pouYons croire les témoins qui s'accordent pourtant à l'estimer à quinze francs. En tout état de cause, ils reviennent ayant contracté des fièHes qui les minent, les déciment, et dont il est facile de constater les effets; nous en a,•ons jugé de visu. Les ouvrières, pour un gain moyen de I franc par jour pendant six mois de l'année, cousent des burnous ou des serouals dans des conditions d'hygicnc déplorables : parfois, pour que la scrYitudc soit complète, il leur faut se liner à l'employeur arabe pour conserver le droit au traYail. Les couturicres en journée sont les plus heureuses avec les cigarières, qui paient, il est nai, le bonheur de gagner 2 francs par jour en respirant la nicotine, en tournant et mouillant des cigarettes au prix des pires promiscuités où les Espagnoles leur donnent des leçons de prostitution dont clics commencent à trop bien profiter. Et nous laissons de côté les domestiques, plus de I ,600 esclaYcs corYéables nuit et jour à raison de 15 francs par mois! Généralement couYertes de loques, marchant pieds nus, déformées dès l'âge de treize ans par les_travaux les plus pénibles, uniquement capables, il est nai, de faire les plus gros om-ragcs, clics sont comme l'incarnation de l'esclavage sous ses traits les plus affreux. Nous en avons YUà qui nous donnions par politesse soixante ans; elles en avaient vingt-cinq. I\ A qui tous ces malheureux peuvent-ils donc porter ombrage? Si l'on institue des ligues en Algérie, c'est éYidemmcnt pour instruire, libérer, secourir cette plébe dont la miscrc déshonore notre prétendue civilisation : c'est tout le contraire, on se ligue pour les écraser daYantage. Il paraît qu'ils représentent ccl'ennemi commun ». Des Français? Évidemment non. Le Français n'est pas et n'a pas besoin d'être savetier, colporteur, marchand de beignets, bijoutier en anneaux arabes. Par conséquent, l'ouvrier juif ne concurrence pas l'ounier français : faute d'instruction gén~rale et professionnelle, il est incapable de le concurrencer, et par contre, Jes tailleurs et cordonniers israélites sont réduits au chômage presque total par la confection française. Le ferblantier
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