LE PROLÉTARIAT JUIF EN ALGÉRIE 515 et dont on :iperçoit ici l'inanité, comment les gros Juifs de France ont pu laisser, depuis soixante-dix ans, subsister et s'étaler sous la lumiére crue d'un soleil implac:ible k spectacle écœurant d'une indigence: aussi horrible. Imaginez des milliers de malheureux parqués au fond de ruelles tortueuses dans des bouges de trois métres carrés aux murs crépis d'ocre jaunâtre et dont la porte aux battements Yermoulus est souvent la seule ouverture donnant d'ailleurs sur une cour intérieure, étroite, sombre et nauséabonde. Sur le patio, quand Yous penétrez dans cette caYe, apparaissent en loques Yoyantes, pieds nus, un enfant dans les bras, les cheveux cachés sous un mouchoir sombre, des f.emmes au teint terreux, aux chairs tombantes, à l'aspect craintif, dont le regard curieux et triste dit toutes les terreurs et toutes les miséres. Dans la ruelle que 'traYerse un ruisseau fangeux, auprés de monceaux d'ordures que les municipalités antisémites laissent à dessein s'accumuler, piaillent presque nus des enfants rachitiques et scrofuleux pendant que d'autres de cinq ù six ans, chemise en loque et pantalon déchiré pour tout costume, poursuivent le passant pour mendier un sou, vendre des allumettes ou cirer les bottines. A Constantine, sur 1,249 ménages (r) israélites, on en trouve 23 qui habitent une maison en totalité, 877 qui n'occupent qu'une seule chambre dans des maisons à plusieurs locataires. Parmi ces derniers, 717 occupent une seule chambre recevant le jour par la porte (1) Le dénombrement officiel signale a Constantine 3,023 Israélites. En réalite, il y en a 6,952. On voit une fois de plus la confiance que méritent les statistiques algériennes dont le caractère fictif a ttc démonstrativement établi dans le line de M. Lenormand (p. 50-58, sur Le Péril Étranger) et dont il a été question ici-méme (mars 1899). Il est intéressant et typique de décrire sommairement la mêthode employée en Algérie pour dresser les statistiques : en pays arabe on les fait à vue de nez, dans les communes de plei11 exercice on y trouve une nouvèlle occasion de faire un petit fourbi. Les municipalitês distribuent la besogne à leurs agents électoraux de la dernière catégorie; ceux-ci opèrent surtout dans les estaminets. Quand les feuilles sont fabriquêes on leur fait subir une petite élaboration spêciale. Par exemple, a Oran, pour faire hausser la quote-part qui revient a la commune dans la distribution de l'octroi de mer, on a transformé un nombre considérable d'Arabes et de Marocains en Européens. A Constantine, où la passion antisémite prime tout et au risque de créer dans la caisse municipale un déficit considérable, on a dénombré parmi les indigènes sujets français tous les Israélites que Je caprice d'une commission municipale av.tit radiés des listes clectorales en conformité de la fameuse circulaire Cambon. De cette manière le recensement ofliciel porte 3,023 Israélites, il y en a en réalitl! 6,952, dont 3,323 hommes et ~,629 femmes. Ces détails jettent sur l'esprit public algérien un jour curieux; les politiciens en sont arrivés it tout corrompre et on en est venu en Algêric, depuis 1895 notamment, jusqu'à sophistiquer les chiffres eux-mêmes. Quand on soumet .i 1111 administrateur ou a un sociologiste une Statistique officielle, la première chose qu'il doit faire, s'il ne veut être ni dupe· ni complice, c'est d'en rêtablir par lui-même et sur place tous les éléments. Le jour ou on voudra mettre fin .\ ce scandale, il faudra proc.:der à une large épuration administrative, et il sera nécessaire d'y arriver bientôt si on ,·eut avoir, sur une colonie qui coûte plus de cent millions par an, au moins des renseignements précis.
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