La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

MOCVEM El\T SOCIAL 495 politique socialiste, c'est sur la base des principes essentiels du parti, adoptés par notre comité d'entente, comme par les socialistes de tous les pays, que nous vous proposons de le ,constituer. Nous avons voulu ainsi prévenir les conflits qui ont pesé sur le précédent congrès international. Il nous semble que nous nous conformons ainsi au véritable esprit du congrès de Londres. Il est vrai que celui-ci a paru adopter le principe d'un congrès mixte, en partie politique, en partie corporatif. Mais en faisant appel aux groupes corporatifs, le congrès de Londres leur demande d'adherer à l'action politique. Il marque donc d'un caracti.:re politique l'intervention des groupements corporatifs au prochain congrès. Or, il nous semble évident que cette action politique doit s'exercer dans le sens socialiste. Demander aux groupements corporatifs d'accepter l'action législative et ne pas leur demander d'accepter la socialisation des moyens de production et l'entente internationale des travailleurs, ce serait admettre les groupements ouvriers réactionnaires, ceux qui sont englobés dans les cercles catholiques ou pénétrés d'un nationalisme rétrograde. Ce serait enlever à la classe ouvrière représentée au congrès son caractère de classe, puisqu'elle ne peut s'affirmer comme classe qu'en opposant à la propriété bourgeoise la propriété sociale et au cosmopolitisme bourgeois ou au chauvinisme réa~tionnaire l'internationalisme ouvrier. Sans doute, comme l'a sagement décidé le congrès de Londres, il ne convient pas de demander aux groupements corporatifs qu'ils se livrent à une action politique constante ou habituelle; mais il paraît né.:essaire de demander que leurs délégués au congrès socialiste international acceptent comme base générale de leur mandat les principes essentiels du socialisme. Il est bien clair qu'en définissant ainsi ses principes vitaux, le socialisme obéit à la loi de tout organisme qui ne peut vivre qu'en se déterminant. Mais, en ce qui nous concerne, nous ne désirons pas, par des interprétations arbitraires ou sectaires, réduire le champ du congrès et en rétrécir la porte. Quand nous parlons de la conquête socialiste du pouvoir politique, nous n'entendons ni dédaigner, ni mettre au second plan l'organisation économique du prolétariat. Sans cette base corporative, sans ce groupement professionnel des prolétaires, l'action politique du socialisme se perdrait dans le Yide, et au jour de la victoire, la classe prolétarienne ne pourrait saisir l'administration de la propriété transformée; elle resterait à l'état de tutelle. Ainsi, ayant été averti~ que des groupements syndicaux de divers pays, et en particulier un des congrès corporatifs de France réuni à Rennes, prenaient l'ïnitiative de convoquer à Paris un congrès corporatif international, nous ne pouvons qu'encourager cette œuvre et l'assurer de nos plus vives sympathies. Nous sommes certains qu'en se manifestant sous la double forme économique et politique, le prolétariat universel donnera au monde la sensation de la force complète : les deux aspects de l'action ouvrière se complèteront sans qu'aucun conflit soit à craindre. Mais en même temps, il sera très souhaitable que les organisations corporatives soient représentées directement au congrès politique socialiste, sous la seule condition de donner à leurs délégués un mandat politique et socialiste. L'accès du congrès politique sera donc aussi largement ouvert que

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