LA REVUE SOCJALISTE La loi qui permet aux Israélites exerçant des professions libérales - c'est-à-dire à tous ceux qui ont dû suivre nécessairement les cours des uniYersités russes, et en sortir, diplôme en poche - de s'établir où bon leur semble, dans la ville de leur choix; la loi qui donne cette faculté de franche résidence aux « intellectuels » est, à la fois, un dcfi jeté à la servitude qui pèse sur cette race et une monstrueuse ironie. On le comprendra, sans peine, dès qu'on saura dans quelle étroite mesure l'instruction officielle des écoles d'État est accordée aux fils d'Israël. Les lycées ne peuvent recevoir qu'un nombre très limit~ d'élèves de famille juive. La place est, de droit, acquise aux jeunes orthodoxes et c'est de la quantité d'inscriptions annuelles de ces derniers que dépend le nombre de Juifs admis. Le taux est de IO 0/o, Si la liste des rentrées accuse 200, 300 ou 400 éleves orthodoxes nouYeaux, il sera permis à 20, 30 ou 40 Juifs de prendre rang, de suivre les leçons. Mais une véritable crise pléthorique sévit tous les ans et l'on a institué un concours entre les candidats. De cette façon s'opère une sélection qui laisse à la porte pour une ou plusieurs années des enfants dont l'unique faute est d'avoir souffert, huit jours après leur naissance, la circoncision en guise de baptême. Cc systcme d'admission aux lyc6cs de l'État entraîne comme conséquence, chez les parents que les échecs de leurs enfants préoccupent pour leur situation future, l'abandon du culte israélite. C'est d'ailleurs le but poursuivi par les hommes de gouvernement, et le but bien souYent atteint. Les parents débaptisent - si l'on peut s'exprimer ainsi - leur progéniture et, de chez le rabbin la conduisent vers le pope. Ce moyen est infaillible pour obtenir l'entrée au lycee. L'anecdote suivante qui nous fut contée à Odessa, par le docteur J ... , chirurgien en chef de l'hôpital israélite, nous semble, à ce sujet, bien caractéristique. Un médecin essayait vainement de faire admettre son jeune fils à l'un des sept lycées d'Odessa. Toutes les demandes demeuraient sans résultat. Protection, visites, cadeaux même, rien ne réussissait. Malheureux au concours de rentrée, le lycéen en herbe restait à ce premier stade d'éducation - au grand mécontentement de l'auteur de ses jours ... L'année se passe dans l'espérance d'une revanche prochaine. Enfin, l'heure vient de se représenter: les candidats sont très nombreux ; il y a peu de places disponibles ; bref, le jeune homme échoue une seconde fois. DeYant cet insuccès, le père n' hésiste pas. Oubliant toutes les traditions religieuses de famille et de race, il fait apprendre à son fils deux ou trois pricres des goys et l'e1woie frapper à la porte du pope. Celui-ci écoute les prières apprises une heure auparavant et, tout heureux de compter un fidèle de plus, baptise orthodoxe le fils de notre médecin ... Le lendemain
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