LE CONGRÈS SOCIALISTE DE STUTTGART gui cachaient la scéne étaient réunis; sur le bord de la sccne, avec beaucoup de gaieté, un camarade récita une poésie où était raillée la manie d'élever des monuments aux gens de guerre et aux gouvernants. Nos neveux riront de nous, disait le poète. Ils mettront à la chambre aux :débarras ces monuments, et ne voudront se souvenir que des penseurs et des créateurs. Et la poésie exprimait maintenant la reconnaissance et le respect de l'humanité future pour ceux-là seuls qui se seront déYoués au vrai et au bien. Elle se terminait par ces mots : « En ce temps, en ce temps sage, humain, on ne découvrira que ce monument. » Et· comme ces mots étaient prononcés, les rideaux se séparèrent, et l'on aperçut un groupe en marbre. Marx était au milieu, assis. A sa gauche se trouvait, dcbou~ Engels tendant un drapeau sur la tête de son ami; à sa droite, Lassalle, debout aussi, la main sur l'épaule de Marx. Les camarades regardaient, respectueux et graves. Ils restèrent longtemps silencieux, émus. La soirée était finie. Le Congrès n'avait pas encore été ouvert; mais on pouvait déjà pressentir cc que serait Llll congrès que précédait une pareille fête. Des déclarations énergiques avaient été faites, que des tempêtes d'applaudissements avaient soulignées. La con,·iction ardente, l'enthousiasme enflammé qui brillaient dans les yeux de ces hommes chantant en chœur les chants du parti, la résolution âpre que reflétaient leurs visages et qui éclatait dans leur voix, ..:raient des gages sûrs que rien ne sortirait de leurs délibérations qui ne fùt en harmonie avec l'idéal révolutionnaire du socialisme. L'accueil qui venait d'être fait à la représentation symbolique de l'unité du parti, incarnc:e dans l'union fraternelle de ses grands chefs, était un gage de l'esprit de concorde qui planerait au-dessus de tous les débats, et qui permettrait de tout discuter sans que l'on eôt jamais à craindre pour l'unité du parti. * * * La question qui a le plus longtemps occupé le Congrès, qui a fait l'objet des débats les plus vifs, c'est la question de la tactique. Quelle devait être l'attitude du parti en présence des sollicitations des moderés? Cette question n'avait pas été mise directement à l'ordre du jour. Elle s'est posée spontanement, à l'occasion des résultats obtenus par la démocratie socialiste aux dernières élections pour le Reichstag. Et la façon dont la discussion s'est poursui,·ic, avec continuité, pendant six séances, à travers des débats relatifs à d'autres objets de l'ordre du jour, atteste l'importance exceptionnelle que cette question avait pour tous, les vives préoccupations qu'elle exprimait. Le conflit de la politique modérée et de la politique radicale, gui éclatait ainsi au Congrès de Stuttgart, n'était pas un fait nouYcau dans
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