La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

MOUVEMENT SOCIAL 249 assez accen.tuée, ce qui n'aurait pu arriver sans l'intervention de la machine. Il en est de même aussi pour les industries qui se rattachent à l'agriculture. C'esi ainsi que la production des cocons dans son ensemble n'a pas changé, tandis que la quantité de graines de vers à soie a diminué dans des proportions considérables. Mais c'est surtout dans le commerce où le capitalisme a fait le plus de progrès ; l'importation de la houille a sextuplé dans les vingt dernières années; l'\mportation des matières premières destinées à l'industrie a aussi sensiblement progressé. Au contraire, l'importation des produits de l'industrie textile est allée toujours en diminuant; on a même commencé à exporter des filés et des tissus, les salaires très déprimés permettant de faire concurrence à l'industrie étrangère sur le marché international. Le capital placé dans le commerce et l'industrie qui avait beaucoup souffert de la crise économique éclatée en 1887, paraît aussi reprendre; dans la période 1883-1895 il aurait presque doublé, tandis que le capital employé dans les banques et les institutions de crédit serait demeuré à peu près stationnaire. Ainsi on ne saurait douter qu'en Italie, malgré les conditions économiques et financières du pays peu satisfaisantes, le capitalisme est en voie de progrès; la lutte entre le capitalisme industriel et la grande propriété va peut-être s'engager aussi en Italie, comme dans d'autre~ pays plus av~ncés, d'autant plus que le capitalisme· moderne ne peut se concilier avec les formes semi-féodales qu'a gardées la grande propriété et qu'il pourrait compter jusqu'à un certain point sur l'appui du pai-ti démocratique, républicain et socialiste, car dans le domaine de la production les intérêts du prolétariat et des capitalistes vis-à-vis de la réaction économique et politique sont les mêmes. Il ne faut pas, d'ailleurs, oublier que le capital, appartenant à des sociétés ou compagnies. industrielles établies et fonctionnant en Italie, est augmenté de 25 °/o environ depuis 1883, ce qui doit y hâter le développement du capitalisme et l'aider à renverser le régime suranné de la grande propriété. • A mesure que le capitalisme grandit et se d~veloppe, le prolétariat italien, si déprimé et exploité aujourd'hui, pourra se former et s'organiser, et commencer sous peu la lutte contre la bourgeoisie , daus des conditions plus favorables pour arriver à son émancipation. ADRIEN VEBER. /

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