La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

L'APPLICATION DU SYSTÈME COLLECTIVISTE 203 taisies, nous pourrons réaliser,sans difficulté tous les projets dont l'utilité sera justifiée. Rien nt: nous coûtera, puisque le réservoir de maind'œuvre dont n0t.1sdisposerons sera a peu près intarissable. N'oublions pas, en effet, que les chiffres indiqués aux chapitres précédents, sont basés sur les moyens de production résultant de la science actuelle. Or, la science marche d'un pas infatigable; chaque jour une invention nouvelle permet d'obtenir le même résultat avec un effort moindre, et chacun de ses progrès sera intégralement et immédiatement utilisé dans la société col~ lec:ive. Le nombre des ouvriers nccessaires a la production, quelles que soient les augmentations qu'elle aura a subir, ira donc constamment en décroissant, et celui des bras disponibles pour travailler aux améliorations matérielles et intellectuelles des conditions de la vie suivra la proportion inYerse. Voila ce qu'il faut bien comprendre avant d'entrer dans le détail de l'organisation collectiviste. Alors que l'État actuel, emprisonné dans les étroites limites de budgets sans élasticité, recule devant les créations les plus modestes, les plus indispensables, l'État collectiviste, qui substituera des budgets de maind'œuvre aux budgets de finance, y trouvera ,toujours de formidables disponibilités et réalisera sans effort les plus vastes programmes de travaux publics. Il rayera dédaigneusement de son vocabulaire le mot économie qui, dans l'ordre actuel, désigne la vertu fondamentale des hommes et des gouvernements. Mais tout cela n'est-il pas seulement un beau rêve? Est-il possible de créer, sur les principes collectivistes, un organisme social assez puissant pour en faire une réalité? Est-il possible de le substituer a la société actuelle sans que la période transitoire soit marquée par d'effroyables bouleversements, susceptibles de nous ramener au despotisme politique et économique en passant par l'anarchie? Nous allons prouver l'affirmative en montrant le fonctionnement du régime collectiviste, tant à l'époque où il sera en pleine vigueur par le jeu de tous ses organes que durant la phase transitoire qui marquera l'avénement au pouvoir de notre parti. La première question qui se pose est celle de la reprise par l'État des moyens de production et les conditions de cette opération. Nous reviendrons plus loin sur les moyens pratiques de l'effectuer. A cette place nous en indiquerons seulement le principe. L'État doit concentrer dans ses mains les terres, les bâtiments, l'outillage et les marchandises. Indemnisera-t-il les propriétaires actuels? Si oui l'indemnité sera-t-elle partielle ou totale ? Quelle en sera la nature? Les deux premières questions sont résolues par les chapitres qui précèdent. Puisque nous disposerons de ressources presque illimitées, nous devrons indemniser largement les possédants, en leur assurant un revenu égal à celui qu'ils auront au moment de l'expropriation. Ce revenu sera re-

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