La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

PENSÉES DE TOLSTOI g&ner, ou les hommes qu'ils gênent leur diront avec douceur et calme : « Ne nous gênez pas, je vous prie. » LE PATRIOTISME Le patriotisme, c'est l'esclavage. Pour l'homme qui vit en esprit il ne saurait y avoir de patrie. * * * Les gens les plus bornés ne peuvent s'empêcher de reconnaître que le patriotisme est absolument incompatible avec les régies morales auxquelles leur vie est soumise. * * * Ce que de nos jours on nomme patnot1sme, c'est uniquement, d'une part, une disposition d'esprit entretenue sans cesse parmi les peuples par l'école, la religion, la presse vénale qui travaille pour le gouvernement; d'autre part, c'est une exaltation temporaire que les classes dirigeantes excitent par des moyens exceptionnels parmi la classe du peuple dont, le niveau moral et intellectuel est le moins élevé, et qu'elles font passer pour l'expression même de la volonté de tout le peuple. * * * Si seulement les hommes disaient ce qu'ils pensent, et non ce qu'ils ne pensent point, aussitôt s'évanouiraient les idées superstitieuses qui découlent du patriotisme, et tous les mauvais sentiments, et toutes les violences qui sont fondées sur lui. * * * Le patriotisme est un cruel vestige d'un temps que nous avons achevé de vivre; s'il se conserve, c'est par la force d'inertie; c'est aussi parce que les gouvernements et les classes dirigeantes, sentant que leur force et même leur existence y sont liées, s'efforcent de l'entretenir par ruse et par forée dans l'esprit du peuple., 43

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==