LA REVUE SOCIALISTE tions numenques. Il y a eu un transfert trcs sensible <le suffrages <le droite,\ gauche, de la république opportuniste et cléricale à la république radicale et socialiste, et à première vue, et sans exagération, on peut estimer a 500 ou 600,000 le nombre des voix qui se sont reportées vers celle-ci. Le pays a donc condamné et flétri la politique rétrograde que M. Méline et ses collcgucs ont prétendu lui imposer. C'est Li une première obsen,1tion qui a sa valeur pour tous les défenseurs de la démocratie sans distinction d'ctiquette. Il en est une autre qui doit tenir plus à cœur encore au parti socialiste, à ceux qui, avec nous, veulent fonder un nouveau régip1c social et substituer la propriété collective à l'ordre capitaliste: c'est que la masse de ces suffrages déplacés a été a nos candidats et que désormais, grùce à cet appoint d'adhérents nouveaux, nous rivalisons presque dans le pays, comme for..:c numérique, avec la fraction radicale. Certes, a nous en tenir au premier tour <le scrutin, le résultat de la lutte n'a pas été pour notre parti sans amertume, nous pourrions dire plus justement: sans douleur. Deux des nôtres, qui comptent parmi les serviteurs les plus énergiques et les plus éloquents de la propagamlc socialiste, et qui ont concouru au premier rang, l'un .\ fonder notre organisation politique et l'autre, par s;l haute science, par son talent oratoire, par sa Yaleur morale, à illustrer notre doctrine et notre action, - ont succombé sous les coups de toutes les réactions concertées : Guesde et Jaurès ont cédé leurs siéges, le premier a un grand industriel clérical, le second à un marquis millionnaire soutenu par les républicains conservateurs. Ce sont là deux pertes graves. !\lais elles ne sont point définitives et un parti comme le nôtre - nos amis euxmême nous exhorteraient à tenir cc langage - n'a pas le droit de trop s'attarder aux considcrations de personnes. Notre succès n'en reste pas moins grand, ni moins caractéristique. Notre gain de 1893 à 1898 se chiffre pour le moins par 350,000 suffrages. Et non seulement nous avons conservé la somme de nos voix partout oü nous :1.\'ions compté des élus, il y a quatre ans, mais encore de nombreux tlcpartemcnts nouveaux ont affirmé, parfois par <les totaux imposants, leurs sympathies pour notre programme en même temps que leur mépris pour les formu+cs vieillies. Sans prétendre prophctiscr l'aycnir, il est permis d'avancer qu'au lendemain du 22 mai, le socialisme occupera au moins soixante-cinq à soixante-dix sièges à la Chambre des députés. Et si~ au premier tour, nos candidats n'ont pas triomphé en plus grand nombre, c'est que la plupart, l'immense majorité d'entre eux se présentaient dans de grandes villes : Paris, Lyon, Marseille, Toulon, etc., oü lcs compétitions sont toujours acharnées, mais oü la lutte se circonscrit à peu prés entre les seuls socialistes.
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