La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

A PROPOS DE LA GUERRE HISPANO-AMÉRICAINE 609 l'expression d\ine doctrine pan-américaine transformée, l'extension démesurée de_s principes de 1v1onroë. Dans la guerre entre la Péninsule et les Etats-Unis, on a discerné l'opposition du catholicisme et du protestantisme, du dogme intangible et de la raison partiellement émancipée; peut-être, l'historien de l'aYenir, en suivant la filière des faits, démêlera-t-il, dans la crise actuelle, ces diverses causes. Il y aura là une large et belle matière à amplifications oratoires, et l'on ne s'est pas fait faute déjà de tisser quelques brillantes périodes autour de ces notions de métaphysique. Pour nous, nous ne voulons pas exclure intégralement ces allégations; car il est exagéré de prétendre ramener les événements à des racines trop simples et trop droites. Nous n'estimons pas pourtant, avec le général Austin que les Américains en:vahissent les Philippines pour y substituer à la foi catholique la religion réformée, ni quc les considérations de croyances influent beaucoup aujourd'hui sur les relations internationales. L'Amérique protestante n'a-t-elle pas failli faire la guerre à la Grande-Bretagne protestante, à une date toute proche, pour défendre le Vénézuéla catholique? L'on s'est plu, depuis deux ans, dans notre Europe, à contester a la politique américaine tout mobile géncrcux. Nous ne venons pas prendre ici la cause d'un gouyernemcnt, qui vaut cc que valent les gouvernements du vieux monde, et qui se laisse impressionner par les mêmes influences. Mais, en somme, en France comme en Angleterre, comme en Italie, à une heure qui n'est pas lointaine, les courants d'opinion se sont déchaînés en faveur des peuples - Crétois ou Arméniens, massacrés par le Grand-Turc. En remontant dans le passé, on constate que de grandes guerres, oü éclatent certes aussi les convoitises territoriales, ont éte en partie provoquées par l'élan du sentiment public. La guerre d'Italie de 1859, comme la guerre russo-turque de 1877-1878, sont des exemples frappants. Une partie de la population de l'Union n'a pu taire sa sympathie pour cette malheureuse île de Cuba qui offrait au monde le scandale de l'oppression sous toutes ses formes. Elle lui a envoyé d'abord des subsides; elle a contribué ensuite a susciter la rupture avec une métropole en proie à toutes les régressions morales et sociales. Que dirions-nous, si, à six ou sept heures de notre littoral, soit dans l'Atlantique, soit dans la Méditerranée, une nationalité, sans cesse insurgée au nom de la justice, sans cesse fauchée dans sa fleur par une suzeraine impitoyable, réclamait notre protection? Nous reconnaissons sans peine que ces nobles sentiments n'ont été qu'un des facteurs de la politique américaine. Les syndicats industriels et financiers qui règnent a Washington, tout comme dans nos capitales, se sont donné depuis trois ans libre carrière ; ils ont dépensé l'argent a pleines mains, dans la presse et ailleurs, pour enlever 39 I

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