La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

L'ÉVEIL l).;DliSTRIEL ET CO~DIERCIAL DE L'EXTRÎ!)IE-ORIE).;T 5:;-9 Jeures sont : son climat et l'apathie de s:1 populatio11, die 111: justifie pas toutes les appréhe11sions qu'elle avait i11spirécs à l'Europe. Elle ne semble pas destinée à dc\'enir l'usine cc11trale de l'Orient. Cc rolc qu'elle n'a pas pris, d gui lui paraissait dérnlu, de par sa situation, c'est le Japon insulaire qui le saisit, qui le gardera jusqu'à l'heure, imprévue encore, ou la Chine s'élancera en pleine civilisation moderne. Déjà l'Empire du Soleil Lc\·ant se ferme aux importations indoues ; produisant et travaillant lui-même le coton, restreign:int d'année en année ses achats de filés, il poursuit en outre une guerre acharnce dans les places du Pacifique contre les négociants de Calcutta et de Bombay. C'est lui qui, en cc moment, mcrite l'attention générale, car il personnifie au plus haut degré l'acti,·ité asi:itiguc renouYeléc et la menace de l'Extr~me-Orient. I I I En dix ans à peine, la productio11, le commerce, la navigation, la prospérité générale du Japon, ont pris cet essor qui dépasse tous les précédents. Cc qui frappe dans cette éYolution économique, c'est beaucoup moins, d'ailleurs, la richesse des résultats que la Yigucur de l'effort et la hardiesse du procédé. E11 aucun pays encore, on n'avait YU des industries surgir en quelques mois, trouver immédiatement des débouchés et se n:p:rndre sans tarder sur tout un monde, - et c'est là le spectacle q uc nous n.::ncontrc,:ion,s à chaque pas si nous pou ,·ions refaire tout l'historique des manufactures de Tokio, d'Osaka et de Yokohama. Prenons le Japon dans les quinze années qui ont suivi 1868 : il n'offre que ses traditionnelles industries de luxe, exclusiYes de tout groupement d'hommes et Je toute concentration de capitaux. Pendant cette période, il ne reste pourtant pas inactif: par l'envoi de missions en Europe, il prépare déjà la grande transformation organique qui commencera en 1886. Le gouvernement de Tokio ne s'est pas borné en effet à demander à l'Occident des officiers instructeurs, des ingériieurs, des professeurs, des légistes : il a essayé aussi de pénétrer ses secrets de fabrication et d'imiter, en attendant mieux, l'aménagement de ses usines. Chaque création a été précédée d'une de ces consultations, officielles ou non, dont l'importance et les suites éventuelles ont fort longtemps échappé aux principaux intéressés. En I8ï5, le comte Matsukato Yisite notre continent en achetant des machines modclcs; en 1889, une commission se rend en Angleterre et aux Indes pour étudier l'outillage de la filature du coton; en CC' moment même, plusieurs sujets du Mikado parcourent l'Europe afin d'apprendre la fabrication de l'acier. Quelques chiffres vont préciser dés maintenant les progres

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