LA COLO:'.\ISATION S0US LA TROISIÈ~IE RÉPUBLIQUE 37 rcgléc, subordonnèc. à la demande ; supposez que l'industrie ne se livre p::isà une frénésie de tra,·ail, pour abaisser sans cesse le coefficient de ses frais géneraux et miner l'industrie rivale; imaginez qu'elle trou\'e à l'intérieur, grke à une autre répartition des moyens de subsistance, les consommateurs qu'elle cherche à des milliers et des milliers de kilometrcs - l'expansion coloniale tombera cl'cllc-mème; - car clic n'est que la dcrnicre carte d'un régime économique tué par ses propres vices. Guesde a formulé cette idec en termes explicites : « Au probleme de la production a succedé le problemc des débouchés : vous êtes obliges de le constater. Toute Yotrc politique coloniale atteste cc fait, qui n'appartient pas à votre pays en particulier - qui est de l'ordre capitaliste tout entier. » - Lctourncau, clans son etudc sur l'evolution de la guerre, aboutit à une conclusion identique:« Quand, la surproduction industrielle ::iyant cesse, il n'y aura plus nécessite de vendre et de Ycndrc encore sous peine de perir, la guerre disparaitra.» (Entendez les luttes coloniales comme les conflits européens.) Le monde noir et jaune paie la rançon de notre organis::ition sociale. Au fur et à mesure que la richesse a été se concentrant, que les machines, les usines, les mines se sont groupecs entre des mains de moins en moins nombreuses, au fur et à mesure que l'adaptation aux nouYcllcs conditions de fabrication s'est de plus en plus généralisee à travers notre continent, les nations se sont trotl\'ées jctecs dans la conquête. Les classes possédantes ont sacrifié des ::irrnecs pour sau- . vegarder leurs intérêts; clics ont décrété la mort pour ne point mourir: des centaines de milliers d'êtres humains ont jonche les jungles d'Asie et les brousses d'Afrique, afin que les compagnies anonymes de Fr::incc et d'Angleterre pussent triompher de leurs rivales d'Allemagne ou de Belgique. Vue sous cc jour cru, mais nai, la poussée coloniale parait singuliércment mesquine et criminelle. La société capitaliste a, du reste, c'.:téentrainc'.:c plus loin mème qu'elle n'cùt voulu souYcnt, par l'organisation militaire qu'elle est contrainte d'entretenir. Les milliers d'officiers qui perpétuent chez les nations contemporaines l'esprit féodal de la caste militaire d'autrefois, sont les agents, les promoteurs les plus actifs de la pousscc coloniale. Il leur faut des galons; - il est légitime qu'ils briguent l'avancement. L'organe ici créera la fonction: il ne peut etcrnellcmcnt trav,1illcr ù vide. Nos adYersaircs eux-mêmes ne dissimulent pas le mal. Combien de fois des colonels ou des commandants ont soulevé des protestations en nous engageant dans des expéditions onéreuses au Soudan et ailleurs? L'occupation de Tombouctou n'a pas été saluée par un enthousiasme sans réserve dans les rangs conservateurs. Mais a quoi bon se plaindre? Le militarisme est conséquent av~c lui-mèmc : il engendre
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==