LA COLONISATION SOUS LA TROISIÈ~IE RÉPUBLIQUE 35 affaiblissement. Or, les conflits armés se font de plus en plus r.1rcs sur le continent, les épccs se rouillent au fourreau, et le soldat ne s'exerce guere, à tirer sur des cibles de carton. Nos officiers n'apprendront la guerre qu'en la pratiquant. Peuvent-ils trouver un meilleur champ de manœuvrcs que ces contrées d'Asie ou d'Afrique oü, avec de petits effectifs, il faut battre des contingents autrement considérables ? Bref, on fait ses écoles aujourd'hui au Soudan ou ù Mad:igascar, comme jadis en Algérie. Nous nous gard..::rons bien d'examiner les arnntages que les c.unpagnes coloniales p..::uvcnt présenter pour l'éducation de notre corps d'officiers. Notre sujet est infiniment plus brgc, mais nous conservons l'argument. Il I LE FO~DDIE'.'<T JURIDIQUE DE LA CO'.'<QUÈTE COLONIALE • La société capitaliste s'est rendu compte que tout son raisonnement, s'il pouvait expliquer aux yeux de quelques-uns la poussée exotique de notre àgc, ne suffisait pas à la légitimer. En vérité toute cette dialcctiqucjustificraitaussibicn la main-mise sur l'Angleterre ou l'Allemagne que l'occupation de la Nom·cllc-Calédonic ou du Dahomey. Alors on a trom·é un fondement juridique, présenté une doctrine qui n'est pas du tout neuve, mais qu'on a redorée pour la circonstance; on a distingue les races supérieures et les races inférieures, et accorde aux prcmiércs une sorte d'autorité d'origine divine, une façon de domination proYidenticllc sur les secondes. Si nous allons massacrer les Hovas ou les indigéncs de Guinée, si nous refoulons les Arabes vers le désert, c'est uniquement en Yertu du droit du plus humain, du plus cultin\ du plus généreux. Si nous confisquons les terres des Toucouleurs, et si nous tuons les Canaques par l'eau de feu, c'est au nom de la philanthropie et de la propagande de la fraternité. L'Américain Hclpcr écrit en r866: « Conformément au commandement du Tout-Puissant, il faut que tous ceux dans les \'Cines desquels couic du sang noir soient exterminés. >> C'est un Anglo-Saxon qui a laisse ces lignes, soit; mais ne croyez pas que le~ Latins aient totalement renié cc dogme. « L'Arabe e·st un fléau; la civilisation doit l'extirper, » s'écriaient les colons français d'Algeric, au dcbut de la conquête, - et peut-être aujourd'hui la formule se répétc-t-ellc tout bas, sinon tout haut. Jules Ferry n'invoque certes pas l'Ancien Testament, ni l'inégalite sacrec des hommes, mais il aboutit à peu prés aux mêmes conclu-, sions qu'~elper: « La thése de l'cgalite des races appartient à la mctaphysiquc politique. » (Discours du 25 )uillct 1885.) Sur cc mot, on
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