LA COLONISATTO:S: soc.;s LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE tcrcs de cette expansion exotique, c'est qu'elle plonge ses racines dans l'infrastrncture du monde contemporain; c'est qu'elle découle, avec une inflexible fatalité, du régime de la propriété et de l'organisation de l'industrie, du capitalisme et du militarisme. Lorsque nous constatons que partout, - sous toutes les institutions, républicaines ou monarchiques, constitutionnelles ou autocratiques, - la fureur coloni:dc sévit avec intensité, nous avons le droit d'affirmer qu'elle est d'origine économique et sociale. Lorsque nous aurons percé à jour les sophismes des consc1Tateurs, Mnoncé l'hypocrisie <le leurs déclamations humanitaires, ruiné leur dialectique erronée, nous aurons le droit ù notre tour de dégager les principes profonds - obscurcis à dessein ou non - de cc mouvement européen et de formuler une conclusion sur sa valeur morale et économique. L'EXPANSJO~ COLO~lALE DE LA FRAN'CE En cc dernier quart de siècle, la France s'est signalée aux premiers rangs, presque i-, coté du Royaume-Uni, par ses ambitions conquérantes. Elle ne nous intéresserait pas spécialement pour d'autres et multiples raisons, qu'elle mériterait encore d'être étudiée comme le type de la puissance colonisatrice moderne ( r). Dans l'histoire de la troisiémc République, à dater de cette année 1881, qui est, ,'t n-ai dire, le point de départ de notre déplorabk expansion en Asie et c:1 Afrique, nous retrouvons groupés a\'cc plus de relief, aYec des tons plus Yigourcux, tous les caractcrcs du rayonnement gucaicr des autres États contemporains sur les mondes dits barbares. Sans doute, d'autres nations sont entrées, avec nous ou derrière nous, dans la carriérc des annexions, dans la course aux kilométres carrés. D'autres ont essayé de planter leurs drapeaux sur une terre ncu\·e, d'enserrer, sur les cartes, d'un liseré à leurs couleurs, un quadrilatère de « Nigritic >l ou une bande de Guinée. l\lais nulle part, comme chez nous, la frénésie, la fiéwe coloniale, febbrecolo11iale, scion le mot de Colajanni, n'a exercé des ravages continus au point de dominer toute une zone d'histoire. Nulle part comme chez nous les gouvernants n'ont osé demander, coup sur coup, des centaines de millions pour répandre sur tous ies marécages du globe les ossements de milliers de citoyens; nulle part ailleurs, on n'a érigé en principe l'expédi- (1) La colonisation française réunit beaucoup mieux, à notre sens, que la colonisation angbisc, les divers traits que nous signalerons plus loin: la colonisation anglaise est surtout mercantile ; la nôtre est à la fois mercantile et militariste.
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