La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

L'ALLEMAGNE SOCIALISTE EN I 896 tique du mouYement. Ils ne craignent cependant pas de critiquer les faits et gestes de cet empereur qu'ils subissent- crime impardonnable qui mérite les plus durs châtiments. Le chiffre des condamnations pour delits politiques atteint celui de l'année derniérc. En reproduire ici le tableau nous mènerait trop loin. Mais voici quelques exemples qui témoignent assez <le l'affolement gouvernemental. A Berlin, on condamne deux ouvriers, l'un à seize mois, l'autre à deux ans de prison, parce qu'ils ont distribué une feuille \·olantc contenant des propos offensants pour l'empereur. A Harbourg (Hanovre), on traite le citoyen Kauffmann, fait prisonnier pour délits politiques, comme on traite les pires criminels, en le metta:1t aux fers contre tout droit et en le tondant comme un assassin. Le n'.:dacteur d'une feuille socialiste de la pro,·ince de SchlcswigHolstcin est frapµé de seize mois de prison pour« injures». Il avait reproduit une nouvelle compromettante, plus tard reconnue fausse et rectifiée comme telle par lui, sur la moralité d'une collccti,·ité de personnes militaires et civiles. Les rédacteurs d'une autre feuille socialiste dc cette province (la Sr!Jleswig-Holsteii1ischrVolksz.eit1111g) ne sont pas plus ménagés. Le citoyen Strocbcl, po~r avoir réimprimé l'article d'une autre feuille sur un aïeul tn'.:s éloigné de l'empereur actuel, est condamné à quatre mois de prison. Contradiction singulière, mais pas du tout surprenante sous k régime des « juges de Berlin » : Strocbel est puni alors que dans d'autres États de la Confedération plusieurs de ses confrères, accuses du même délit, sont acquittés. - En même temps que ce citoyen, est emprisonne un autre redactcur du même journal gui, lui, se voit infliger neuf mois de captivit.é pour délit politique également; et tandis que les deux premiers purgent leur peine, un troisiéme, leur remplaçant, s'attire quatre nouYclles accusations pour offenses à l'adresse de la police municipale, de l'armee, etc. Ce n'est rien à càté de cc qui se passe ailleurs. Les rédacteurs de la Vollcswacbt (garde du peuple), à Breslau, ont été, par le zçlé procureur général, cités cinquante-deux fois devant les juges. Dans certaines villes saxonnes, le chiffre des poursuites pour délits de presse n'est pas beaucoup infcrieur à celui-là. Mais arrêtons-nous là. Il est é\·ident que ces tracasseries, auxquelles il faut ajouter les mille petites difficultés qui sont faites au p~rti par les mairies, les gendarmeries et autres agences de l'administration provinciale ou ccntralc, ne peuvent avoir l'effet souhaité par ceux qui en sont les auteurs - d'autant moins gu'tllcs sont les tristes manifestations d'une politique à deux poids et deux mesures. Le ministre de la justice l'a affirmé en

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==