La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

LA PROPRIÉTÉ IDÉALE I 53 peut lui répondre que l'intérêt, la rente du capital, peut dimim11.T nominalement, sans que diminue le profit capitaliste. L'étalon de l'intérêt est fixé par l'État au moyen de ses emprunts. Or, que constatons-nous? Qu'aux t'.-poques de crise oü, pour emplo:,,cr une locution populaire, l'argent se cache, c'est précisément dans les sùrcs caisses de l'État qu'il \":l se cacher. L'abondance tk l'offre permet :i l'État cmprunteur de ne sen·ir qu'un trés faible intérêt. Est-cc :i dire que le capital industriel ne rapporte, par l'exploitation <lu tr.1,·ail salarié, qu'un intérêt égal, toutes chances de gain et de pertes contrd1al:111cées? Certes, si un particulier Yeut acheter une action ou une obligation industrielle, cc titre lui produir.1 un reYenu sensiblement égal :i celui que lui aurait scn·i l'État pour le prêt d'une somme identique. Mais il reste :'t saYoir si le prix total des actions d'une entreprise capitaliste exprime bien la ,·aleur réelle de cette entreprise. Pour cela, on n'a qu':i se renseigner sur la Yaleur primitiYc de ces titres et consulter c11suite le cours de la Bourse. On Yerra que telle Yaleur émi~c :i cinq cents francs est inscrite ;i la cote pour cinq mille et telle autre pour dix mille. Dira-t-on que cette différence repré,cnte un accroissement de matériel? Non, puisque l'accroissement du matt'.-ricl :1 figuré annuellement dans ks comptes i un chapitre spécial, parmi les autres frais de l'entreprise. Tout titre, émis originairement ;i cinq cents francs, et, le succés étant venu parfois des les premiers temps de l'exploitation, n'a même pas eté contraint de se libérer entièrement, monte ;i cinq ou dix mille ne donne donc pas à son possesseur un intérêt de trois pour cent mais de trente ou soixante pour cent. li n'est pas, actuellement, une seule des grandes entreprises de la féodalité capitaliste qui n'ait double son capital. Quelques-unes l'ont centuplé. C'est, dira+on, un effet de l'augmentation de b Yaleur productiYc de ces entreprises. En partie seulement, car nul n'ignore que les majorations de la valeur initiale ont pour cause principale la spéculation. Et, phénomene tout naturel, plus augmentera le nombre des détenteurs du capital mobilier, plus l'intérêt nominal de l'argent baissera sans qu'en réalité le profit capitaliste diminue. Quelle est, en effet, la part laissée aux épargnants de la classe moyenne? Est-ce le droit lk copropriété exprimée par l'action? Tres rarement, et dans cc cas l't:pargnant achcte mille ou deux mille francs l'action emise :i cinq cents; en sorte qu'il n'a pas du dix ou du douze pour cent mais du trois pour cent. C'est bien assez pour ce·nouveau Yenu qui n'était pas capitaliste en naissant. Le plus sou,·e9t, c'est l'obligation qui est offerte sur le marché des valeurs. Mais l'obligation est une ci-éancc, rien de plus, et les sociétés capitalistes n'ont pas de raison pour servir à leurs créanciers un intérêt plus élevé quç celui que l'État sert aux siens. Pourquoi le nombre de ces prêteurs va en croissant? Parce

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