:--:ÊCROLOGIE 121 douloureuse perte en la personne d'un des leurs, Charles Miquel. C'est, dans notre grande armée socialiste, un vaillant disparu. Miquel, quoique jeune, - il n'ayait que trente et un ans - était d'esprit fort cultivé; tous les loisirs que lui laissait sa profession de lithographe étaient employés à acquérir ou à répandre de la science, à lutter chaudement pour sa foi. Seul, par un patient labeur, il s'était formé le cœur et l'intelligence. « Rien ne rebuta, dit J.-F. Malan dans un chaleureux •éloge qu'il lui consacre, l'àprc désir qu'il avait de connaitre. Seul, sans maitre, il s'attela à la rude besogne qu'est une éducation à faire dès la base. Car cc n'est rien, cc que les enfants du peuple apprennent dans les écoles; à l\\ge ou l'esprit commence à s'ouvrir, ou l'intellect s'éveille à la compréhension, la lutte pour le pain les jette à l'atelier, au comptoir, au bureau. Or si - de l'atelier d'aujourd'hui - ne sortent plus que de rares ouHicrs - grâce au machinisme - cc n'est point lù, non plus, que se peuvent former les caractl'.:rcs, s'aiguiser les cen·caux, se fortifier les cœurs. Les heures de traYail sont trop longues, trop dure est l'exigence patronale, pour qu'il soit facilement possible aux ou,Tiers de s'émanciper. Ceux qui parYicnncnt ù sortir de l'ornière, à prendre contact avec les penseurs de quelque nature qu'ils soient, sont cminemmcnt doués, fortement énergiques, finement trempés d'esprit et de cœur. Miquel fut un de ces ouniers-là. ii Et cette éducation ne fut point faite au hasard: elle fut le rèsultat logique de raisonnements, l'application d'une méthode. Le citoyen Perrin, dans un discours qu'il prononça sc1r la tombe de Miquel, sut l'indiquer en quelques mots: « Parti, dit-il, de Fourier et lies utopistes, il aYait gardé ,le leur culte un fond inepuisable d'imagination et de sentimentalité; en lui, la pensée de Robert Owen atténuait et corrigeait Karl Marx et le faisait aboutir au socialisme intégral de Benoît Malon, auquel il s'était rattaché ardemment comme à une pensée sœur de la sienne. Profondément pénétre de la science moderne, il attendait d'elle, par l'agrandissement de son domaine, le relèYcrnentmatériel et moral de l'humanité, présageant l'abolissement des frontiéres, la fusion des peuples, appelant de tous ses vœux et de tous ses actes la République universelle des hommes régénerés. )) . La Revue Socialiste a tenu à rendre, elle aussi, en ces quelques lignes, un dernier hommage à Charles Miquel, à cet humble qui sut être grand, parce qu'il accomplit son œuvre. P. L.
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