La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

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LA REVUE SOCIALISTE TOME xxv•

LA REVUSEOCIAJT~EI Fondée par Benoît MALON DIRECTEUR, Georges RENARD TOME XXVI (JANVIER-JUIN 189)1) PARIS LIBRAIRIE DE LA REVUE SOCIALISTE 78, PassagL: Choiseul, 78

LA PROPRIETÉ IDEALE LA PROPRIÉTÉ IDÉALE f. Le sentiment de la Propriété. - il. Caractère social ,k la Propriété. - 111. L, fonnc de la Propriété est déterminée par 1., forme de h production. - n·. Prédominance croiss.rntc du Capit.tlisme. - V. Cc que possè.!c le C,pit.tlisrnc. - \ï. Cc que possède la Classe movcnnc. - \li. Cc que possède le Prolét.1ri.1t. - \'llf. ])efensc du C~pitalismc. - IX. Insuffisance sociologique de !'Économie politique. - X. La conception de la Propriété dans b synthèse sociologique. - XI. L~ Collccth·ismc, formule économique de la synth~sc so.:iologique. - XI 1. Le Collectivisme, combinaison de l'individualisme et du communisme. - XI 11. Le Collectivisme et k maximum possible d'égalité. - XI\·. Le Collccti,·isme et le m.1ximum possible de liberté. - X\'. li ne peut se crist.tlli,cr d.rns une forme délinitive. - X\"f. Son érnlution en Communisme. - X\"11. Les conditions économiques de cette é,·olution. - X\·111. Conditions sociales. - XIX. La Propriété idéale est l.i commun.rnté absolue des biens. Nous sommes une cspcce tellement dressée aux abstractions que nous finissons par ne plus \·oir exactement les choses, tant les signes qui les expriment en ont obscurci la notion pour notre entendement. Ainsi, le sentiment de la propriété est un des plus précis et des plus clairs parmi ceux que nous sommes ù 111<'.:mdc'éprouver. Il était sans doute trop simple de le concevoir en ce qu'il est et comme il est, puisque les juristes et les économistes ont éprouvé le besoin de l'embrouiller et de l'obscurcir en se prêtant ~111 mutuel appui, sinon de mutuelles lumières, dans cette belle besogne où le droit déforme, masque ou nie les faits dont il est censé exprimer les rapports, tandis que la métaphysique achévc de les rendre méconnaissables grùce au miroir faussé, convexe ici, concave là, qui lui sert à les réfléchir. Croit-on avoir rendu la propriété sacrée et inYiolable quand on a gra\·emcnt formulé qu'elle est un droit et qu'elle tient au plus profond des fibres humaines? Si clic est un droit, comment d~s membres du corps social pem'ent-ils être dépossédés de leur droit? Et si elle tient tant au cœurdc l'homme, pourquoi y a-t-il tant d'hommes dont k cœur pourrait saigner d'ayoir étc séparé d'elle?

2 LA RE\'UE SOCIALISTE Disons plus simplement qu'elle est un moyen d'existence, et que seul le tr:\\·,1ill.1produit, l'entretient et l'accroit. Toute propriete est ou bien instrument de production ou bien objd de consommation; clic peut être ù l.1 fois l'un et l'.1utre : 1c même escl,1n.: du centre ,lfïicain qui porte un fardeau de bois rJnussè dans l,1 forèt rôtira sur son Li<rotallume par lui si b chasse du maitrc ,1 etc infructueuse. L'idèa~ pour cc malheureux noir, quel est-il? D'être prop11et,1ire au lieu d'être propriètè. Les jouissances qu'un tire de son labeur et que sa propre ch,1ir est exposèe .i cornplètcr, il Youdrait les tirer du l.1bcur et au hesoin du corps Ll'un autre. Il s'entend de restc qu'on ne produit p,1s pour produire, mais pour consommer. Si notre nègre a pour idéal d'ètn: propriétaire d'un autre nègre, c'est d'.1bord et esscnticlle1m:nt parce que ..:ettc propriètè .1ssurcra sa subsist,111cc,.lttcndu qu'il ne conçoit p,1squc chaque homme y pLn1n·oic pour son propi'c cornptc du moment qu'il peut forcer son scmbhble ù s'.1cquittcr de cc soin. ;\L\lgré les grandcs ?hrascs qui sont le décor de notre ci\·ili•;,1tionau regard des conscicnces cncorc inaptes ,t décounir le fait inique sous lc mot pompeux qui le rccou\'re, telle Li Yictime sous les tlcms dont la par.iit le s.1crificatcur ,111tique, nous sommes encore.\ unc trop courtL disL111ccdu conccpt afric.1in de Li propriété pour ,l\Oir le droit dc le rcg.1rdcr dc h.1ut. .\Yoir rernpL1cè le droit du plus (ort par cclui du plus habile et 1c rôti hunuin par 1c rosbccî nc constituc p,1s, après tout, un si gr.111dprogrès si 1'0:1 cnYisagc ccLixque l'hurn.111itèpcut légitim<.:rnent cspèn:r d'.1..:complir. L<.:s <.:nYisagcr,ces progrès, c'est sc tenir dl:j:t bien loin <:t bi<.:n,nt-dessus d<.:sfaits actuels; ccux qui ont l\1mbition dc l'aYcnir ne pcment pas ,l\'Oir l'orgu<.:ildu présent. Dc cc scntimcnt prirnor,li,d dc b proprièté pour son utilité pnlprc naitront rnsuite 1c sentimcnt dc Li propriété <.:nsoi ct toutes les Yanitès qu'il <.:ntraine; mais, ù l'originc CLlmrnc ensuilL' au tond du s<.:ntiment de propricté, il y a cc..:i<.:til n'y a quc ceci : l.1 s.1tisfaction J<.:sbesoins assure<: p,1rLi propriété, dc m0rnc qu',1u fond du sentimun .11110urcuxq, u<.:lqu<s.:oin ,1ue nous ayons pris dc dissimuler b brut.dite Je notre rcchcrch<.:sous mille p.1rures mor,llcs d sentirnent.ill.'s, nous trounrns, pcr•;ist.111jtu,q11'.1cc que Li s:itisL1ction ph~·siqul' 1 '.1it .1p.1Îsè, ceci : 1c bL·soingénèsiqu<.:.Xous pou,·ons tr,1duirl.' en sc11timu1b nos b<.:soins; ,t mcsure que nous nous af1i.nons, CL'S se, tirnl'nts pcu\'ent s'aclditio1111<d.:<r .:su1timcnts ètr.111< 1 .:rstels LlUe la \,lllitc l 1 ,,ll>Î1·•· 1·1 ~ , . ~ .... , ' pudeur, \'Oire l'esprit dc s.icrili.:e; nuis nos hL:soins sc rctroun:nt .rn fond dc ccs di\·ers sentimcnts ct c'est li1ulcmcnt ,\ s,1tisf.1irl.c' eux-1.'t c}llLsont <.:rnployèsœux-ci. li est \Tai quc nous pouYons pousser la noblessc mor,de, dont les s<.:ntiments Jèh,·ès ou continguJts sont l'c,pr<.:ssion, jusqu'à pcr<lrc complèt<.:rnent de \'UL' le besoin qui le:; ,l

LA PROPRIÈTE IDtALE 3 suscités. C'est ainsi que tel, par respect pour le droit de propriétc, refusera l'hcrirngc d'un parent enrichi par la rapine et que tel autre, en vertu même de son amour, acceptera que celle qu'il aime soit heureuse avec le riYal qu'elle lui a préfcré. Mais qui 11c voit, par ces exemples m0mcs, que, si dcsirablc que soit leur génér,1l isation, de tels cas sont :'t la fois trop exceptionnels et trop rares pour constituer la régie? Si donc tout homme a pour idcal d'ètrc proprictairc, c'est que tout homme est dominé par des besoins d'où dcpcnd son existence même et que la propriété assure la satisfaction de ces besoins. _Cda est tellement \Tai qu'on voit l'idéal de la propriété yarier scion les milieux, au moins dans son objet et dans sa [orme. Qu'un ouvrier parisien hcritc par aventure d'une fcrm.:- en Beauce, et Yous la lui verrez cchangcr i:nmcdiaternent contr.:- des obligations de chemins de fer; qu'un paysan beauceron hcritc de Yaleurs mobilières, il n'hcsitcra pas un seul instant à les troquer contre quclqul's hectares de terre. Pourquoi cela? Parœ que, en fait gcncral, cc que chacun a en vue dans la propriétc, Cè n'est pas la propricté elle-m0rnc, mais le revenu dont clic est la source. Le sentiment de la propricté en soi, l'amour de la propriété pour clic-même n'cxistl'. que chez les individus qui possèdent plus que le nécessaire et l'on YOit alors cc sentiment agir en eux seulement sur les objets qui constituent leur superflu. Un.:- galerie de tableaux, une chasse réscrYee, une maison de ?!aisance sont c\·idcrnment des propriétés; la jouissance qu'en érrouvc celui qui les rossédc rcut quelquefois l'emrorter jusqu'J leur sacrifier les prorriétcs dont il tire les revenus nécessaires :'t sa subsistance et i l'entretien de ces rropriétés de luxe ou de jouissance directe; mais s'il est mis dans la nécessité de renoncer :1 une partie de cc qu'il possède, c'est la propriété de jouissance qu'il sacrifiera, et non la propriété de rapport, sous peine d'ètrc bicntot dépossède de cc qu'il a prUcrc garder. Théoriquement, la société ne met aucun ob~tack ù l'asriration de chacun ù la propriété. Pratiquement, clic met tous ses organes politiques et judiciaires au ser\'icc de ceux qui ont realisé cet idéal pour leur propre compte. Mais, théoriquement pas plus que pr,1tiquement, clic n'aide personne ile rcaliscr. Ses lois règlent les moyens par lesquels s'acquiert, se conserve et se transmet la propriété; clics répriment avec rigueur tous autres moyens que ceux qu'elles reconnaissent, et les hommes qui la représentent dans le gouvernement, les tribunaux et les chaires d'enseignement prou\·cnt par actes et par paroles que les moyens légaux et licites par eux édictés, classés, gardés .:-t préconises suffisent, et que quiconque n'est pas propriétaire ou en passe de le devenir ne mcritc aucune attention, ·sa paresse et ses vices étant

LA RE\'üE SOCIALISTE le seul obsuclc à la rbli~:ttion de son idéal. On ne peut ccpcnd:tnt s'empêcher de constater que si les lois, protectrices et conscrY:ttrices Je la propriété, ne laissent pas impuni le Yol même d'un p:tin d'un sou, elles montrent moins de sé,·érité à l'égard de certains moyens d'acquérir de Ll propriété, bien que ces moyens, non prén1s p:tr le code ci\'il, soient quelquefois ,·isés p,1r le code pénal. ;..1aisil faut que ceux qui se permettent d'employer de tels moyens aient déj:t assez de puissance pour pouvoir traiter sur le pied d'égalité an:c ceux qui représentent la société et ses s;1U\'cgardesde b propriété et, :tu besoin, les tenir,\ leur merci. Ilcn résulte sans doute un grand dommage pour les gens que ces moyens dépouillent de leur propriété, certaines lois re.coi,·ent aussi de œl:t une Lichcusc atteinte, m:ti\ il faut espérer qu'il se trou\'er,1 quelque jour un penseur :tlllLlcicux pnur démontn:r que les lois ayant pour unique objet d'assurer l'ordre dans Li société, il importL pLu à l'ordre qu'il y ait une infinité de paunes et une petite qu,llltité de riches, mais qu'il importe beaucoup que ccux-L\ n'.1ttentent pas,\ cc que posscde1ll ceux-ci ni ,\ cc que ceux-ci ont laissé;\ ceux-Li, qu'en conséquLncc, et pour ne pas entrainer toutes les lois dans le discrédit dont l'opinion frappe celles qu'on 11'.1pplique point, il \',lllt mieux ,1brngcr ces dernil'.:resqui mettent un frein, d'.tillcurs déri,oirc, à l'enrichissement des plus riches. i\Liis les dépossédés et les non-possédants seront inaccessibles à cc r;tisonnernrnt, il y a tout lieu de le craindre. Ils uniront leurs regrets et leurs espérances; ils se diront que toute<; les institutions sociales sont sujettL:sà examen et à discussion, que la propriété n'est pas une institution ll'une essence particuliérc et supérieure, et que, le fùt-elle, son c,1r.1ctl'.:rdc'institution diYinc constituerait à plus forte raison des droits sur elle à tous les êtres humains, enfin que si la violence Lt l.t ruse ont crcé un domaine fermé où n'ont accès, sous la protection dl:s lois, que certains privilégiés, la raison peut établir des lois qui ,1ssuru1t .'tchacun son domaine propre, g.1r.111ticessentielle de sécurité l'l de liberté .• \lors, chez tous ceux qui sünt exclus de l.1proprictl'., Il.' sentiment propriétaire écbtcr;1 aYcc une force incornprLssible, et c'en Sl'Ll fait du priYill'.:gcde b minorité possédante. En \',lin, :'t l'a,'.111t-gardc de ccu\. qui rc,·cndiquent la propriété pour tous, clic nppose .rnjnurd'hui Li 111i11·1b,1lern1él dl:s petits propriétaires du cl1.1mp, de l',1telicr et de la boutique. Rongé$ p;lr l'usure, asscrYis par le crédit, L·xproprics par !'Il\ pothcque, ces prccaires propriét:iircs ne tiendront p.1s longtemps. Ecl.tirés par lui, ils passeront;\ l'ennemi libérateur l't ,oudroht eux aussi jouir pleinemun de leurs droits de propricl.lircs, c.1r c'est surtout pour ces malheureux quL le sentiment dL Li propriété n'est pas autre chose que le scntinknt de la conscr\'ation de kur pain quotidien.

LA PROPRIÉTÉ IDÉALE 5 I [ Si absolument personnelle que soit la propriété, celui qui la détient et en use jusqu'à l'abus ne peut soutenir qu'elle est:\ lui autrement que par le consentement public, consentement que l.i loi exprime et conditionne. Il ne peut daYantage prétendre qu'il a créé sa propriété à lui tout 5Ctil, sans l'aide de ses concitoyens, quelque tr.1\'ail qu'il ait personnellement incorporé aux m.itériaux bruts que lui a fournis la nature. Il lui f:rndrait, dans cc cas, prétendre aussi qu'il s'est créé luimèmc et qu'il ne Joit pas plus son corps aux parents qui l'enge1~- drèrent que son intelligence au milieu soci.d l]Ui la produsit et la développa. On ne trouve la propricté, qui est le fruit du tra\'ail, que dans l'état de sociétc par\'Cnu .\ un certain degrc de dcYcloppemcnt, C,11' cet état permet seul, 11.1sra stabilitc et par L1sécurité qu'il assure aux membres du corps social, des trn\'aux plus durables que ceux par lesquds l'homme primitif assure au jour le jour Li s:1tisf.1ctionde besoins aussi peu nombreux que peu recherchés. Si b propriété ne peut ètre créée et ne peut subsister que dans l'ctat de société, si l'indi\'idu est inc.1pable de se passer Ju concours Je ses semblables pour acqucrir ou constituer l.i propriété, il ,·a de soi que par cc premier caractère la prnpriétè est réellement une création sociale. :S.Jullcpropriété ne se suffit à elle-mème, quel que soit le tra\'ail qu'on y incorpore. Il n'est pas indiffèrent d'installer une minoterie au milieu du S.1haraou dans la \'allèe Je b Seine. Toute propriété a donc besoin des concours qui en assurent l'utilisation. La division sociale du traYail, qui spécialise les producteurs et les classe dans des professions déterminées, fait toutes les industries solidaires et il n'est pas un seul propriétaire qui puisse se passer du public, puisque le temps n'est plus où, les besoins étant limités au minimum, chaque famille exerçait sinrnltanément les rudimentaires opérations de traYail moyennant lesquelles clic assurait sa propre existence sans secours extérieur. En l'état de ciYilisation où nous sommes, nous pou\'ons saisir avec plus de force et plus de certitude l'évidence d'un autre point par lequel s'affirme encore le caractcrc social de la propriétc. Pour ameubler k sol qui produit k blé et le raisin, pour construire des maisons, pour fabriquer des outils, pour dompter les forces de la nature et les utiliser, il a fallu l'effort continu de plusieurs centaines de générations, dont chacune d'elles a laissé à la suiYantc un héritage accru de matcriaux et aussi de connaissances pour mieux utiliser ces matériaux. Paie-t-on à tel inYentcur, dont la découverte décuple la production industrielle, la Yalcur exacte du bienfait dont il gratifie non seulement

6 1 A llEYCJI SOCIALISTE ses conll.:rnporains, 111:iiesncore ks générations qui _11;1itrondt'eux: Cet inn·ntcur mort il , a cinqu:1ntc ou cent ans, contnblll: encort: :lUJOUrd'hui .i c~mtituer ·unt: propriété .i unt: infinité de gens. Ceux-ci prétendront-ib qut: si l'in,·cnkur n'a,·ait pas existé, ib scr:iicnt quand mL:m.: propriéuircs du nutérid industriel qui ks f,1itYiYrt:?~•y a-t-il pas d,tns cc nutéricl une part soci,1k donnée :i tous p,u-k génie inventif d'un seul Ll que dl's p.1rticuliers utilisl'nt :'t kur profit? Allons plus loin; cet in,·L'11tu1rne fut-il p.1s lui-même un produit soci,11?PouYait-il naitre i11différL·ll1111L'nt .i la TL·1-rede Feu ou en .\nglcterrc, :iu E.1mtch:itb ou en Fr.111ccd, ans une tribu s.1u,·a~c dénuée dc tous :irts et de toute in,lustric, ou dans une ci,·ilis.1tio11riche d'acquisitions intclkctuclks et indmtricllcs plu-;il'ur" CL'ntainc, de fois séculaires? Les philo,ophL', du dix-huitiéml' si0cle et les homml's dl' Li Rérnlution qui s'inspin::rcnt de kurs écrits o:H trl'.:snettement scnti que l.t propriété est une création sociale. Tout en la décLu.rnt il1\iol,1blc Lt inalién:ibk sans k conscntemcnt de son posst:sscur, ils arrêtt:nt à s.1 mort 1c plein exercice dl' son droit dc propriété. :-.lontcsquicu dénic .'t b loi k pournir dc pri,·er quiconque dc s:i propriét0, nuis il dénie .i quiconquc 1c pomoir dc disposer absolument dc b dcstin:ition de sa propriété :iprcs S,l mort, l'i il aflirll1l' ,\\"CC force quc la loi rcglc les successions au mieux de l'intérêt public. Cc pouYoir reconnu à b loi, toujours clic l'a cxu·cé, ct, sans p,1rlcr de-; Etal'i despotiques oü, tout sujet étant censé tenir :'t fief sa propriété le sou,·er:iin est censé êtrc l'uniquc héritier ck tous les morts par k retour à sa pcrrnnnc dl'.s biens qu'il :1,,1itconcédt'.:s ,lllx ,·iyants, clic :1 tnujours r0glé l'ordre dcs sucCl'ssions sur la p.1n que les membres de l:1famille ét:iicnt crnsés .woir prise .'1 la form,1tion ou .\ l',1ccroissl'.t11L'ndt e la propriété dcYcnul' ,-.1c;111tpL,1' r 1.tmort de son titul.1irc. ,\ux époques OLI la f.1milk est fortement groupt'.:c autour d'un chd l'.t oi.i clic forme un tout (·conomiquc indi\"isiblc, ,i l'cntrctil'.n et .i l':iccroisscmcnt duquel tous st:s mcrnbrcs sont tenus ,k coopérer, la propriété ne peut êtrc displ'rs0e entre chacun de scs membres et l'on Yoit réo-ncr 1c droit d'aincssL'. ::, LorsquL, p.ir h di, ision sociale du traY,1il,chaque mcmbrc de la famillc dcYicnt un product,:ur autonomL, lorsque la Luuillc ccsw d'êtrc un tout économique se sufli.sant ù lui-même 1c parta,rc éo-,il :ittribue .i ' ~ ::, chacun des hcritiers dirccts. aux collatéraux si les héritiers directs font défaut, ks moyens d'existence lai,sés par 1c mort; il n'y a alors ,rncun inco1wénil'nt :iu p.irtagL du hicn familial, car il n'l:st plus comrnt.: :'t l'origine 1c domainL· imliYisil,Jesur lequel , iYait la famille ct dont 1c prupriét:iin.: ét,1it une sorte dc chcf du tr,1Y:1il.Il 11 'est p:is injustt: ,l'.11lirmer ,1uc dans Li famille, telle qu'clle est constituéc aujour,l'lrni, ks collatér,1ux nL' contrihucnt en ricn ù la formation ou .i la consl'rY,ltion d'u111.pr()priété qui pcut leur échoir, et il n'cst p:is témérairc, p,1rcon-

LA PROPRIETE IDEALE ï séquent, <l\:n,·isagerqu'un jour viendra où nul droit ne leur sera reconnu par la loi sur cette- propriété. S:tn5 plus d'injustice, on peut dire que le seul droit du fils ù l'héritage du bien paternel prend de plus en plus sa b.1scunique, non dans b coopér.llion de cc fils aux tra,·.wx paternels, mais dans l'affection que ses pére et mérc lui ont vouée. Comme le droit a pour mission <l'exprimer des rapports réels et non des sentiments, il n'est pas <la,·antage téméraire <l'entre,·oir le moment où le droit à l'héritage nc se justifiera plus d'aucune rnaniérc vis-:i-vis dc la loi. Pcu sentimentale p:ir n:iture, Li société ne tient guérc compte du sentiment de la propriété en soi, car elle l:i considére :w:int tout en cc qu'elle est réellement, c'est :i-dire un moyen d'existence. Elle ne s'arroge pas le droit d'en dépossé<ler ccux qui en jouissent, et c'est l.i un des points îondamcntaux du droit moderne, d'où la confiscation est bannie. t,,!aissi l'intén:t public exige qu'une.: propriété soit incorporée au domaine de l'État ou dt.:la commune pour la construction d'unt.: route ou d'une école, le particulier sera expulsé de son domaine moyennant une indemnité qui n:présentcr,1 la valeur de cc dont 011 le dépossé<le, soit; mais i 1 11 'en sera pas moins privé de sa propriété sous la îorme et dans la destination qu'elle a,·ait entre ses mains. Il aura beau s'accrocher désespl'.-rémcnt aLtXpierres qui .ll1ritérent le berceau de scs aïeux et le sien, il les lui faudra ,·oir tomber sous le marteau du démolisseur. Que si, pour adoucir son chagrin, il <lem:mde qu':i la Y,tlcur Yénale de son bicn soit ajoutée une sornmc qui en représente la Yaleur scntimt.:ntalc, 1c jury aura tôt fait de le ramener :'1la raison. Cette contrainte n'a <l'ailleurs ricn de trop douloureux pour les propriét.1ircs, bien au contr.1irc, car nous YO)'Ol15 les plus îcn·ents défenseurs de la propriété pri,·ée faire bon marché <leleur mét.1physique et se montrer les plus ardents ù solliciter leur propre expropriation. Il serait trop long d'énumérer ici les lois restricti,•es du droit absolu de propriété, qui finissent par en faire un droit cxtrt:mcmcnt rclatif. 1fais dans leur ensemble, - et notamment celles qui interdisent au propriétaire de détruire certaines propriétés, les récoltes par exemple, ou de pratiquer certaines cultures ou industries monopolisées par l'État, le tabac et les allumettes, par exemple, celles qui réservent a l'État la propriété du sous-sol et celles qui lui donnent sa part des objets que des fouilles ont mis au jour, - toutes ces lois indiquent avec clarté que le droit d'user de la propriété est limité par le droit de la collectivité. On peut ajouter a ces limitations la conversion de la dette des États et des communes dont les plus enragés conservateurs du droit absolu de propriété n'ont jamais osé contester la légitimité. 11a été parlé plus haut du concours que le propriétaire reçoit de l'activité commune, ce concours est rendu encore plus évident quand

8 /A RE\'l 1E SOCIALISTE des tra\',1ux Ll'utilité publique Yicnncnt modifier la Yalcur de sa propriétl'.·,]';1ug111cntcsr.111qsu'il y .iit fait effort ou, la ~iiminucr sans qu'il y .iit ,k ~.1 faute. Cn chemin de fer nonYeau enkn~ a une route la plus gr.inde p,1rtic de son tr,rnsit, \'Oil.\ l'aubergiste. riYcrain_de la route réduit ,i Limisére sans qu'il ait recours contre quiconque. J:.n reYanchc, une hutte isolée L1llis'est trou\'ee sur le tr;1ce du chemin de. fer se tr,111sfonnc Cil une hotcllcrie Oll afTiue l.1 clicntclc ~ans que }a socicte participe en rien aux benefiœs que tire l'hôtelier de cette situation nou ,·clle. Comme Li propriété n'existe p,1s en soi, encore un~ fois, nuis dans son utilité, que cette milite est exprimée par une Yalcur, que cette Y,tlcur est fixée p,ir le revenu qu'on en tire, que cc reYcnu enfin est détermine par le concours public, il tombe sous le sens que par là encore la propriété posséde un indéniable caracterc social. Puisque la ~ociéte crée l.1propriété, la limite, la transmet, en augmente ou en diminue Li Yalcur, puisque, du consentement unanime, clic exerce cc droit sur les particuliers au nom du droit de tous, au nom du p,1ssécomme :1unom de Ln·cnir, le caracterc social de Li propriété ne peut pas 0trc 111 is en discussion. III Parmi ceux qui ne contestent pas que, dans sa possession, son usage et sa transmission, la propriété ne peut se passer de la loi et que son origine Kcusc encore davant.1gc, s'il est possible, son caractcrc social, il en est encore beaucoup trop, et non des moins éclaires, pour qui la forme indi,·iducllc de la propriété est le terme ultime de son c,·olution. ~on qu'ils contestent la possibilité de progrcs et de perfectionnements dans cet ordre, mais à leur sens ces développements ne pourront qu'accentuer le caractcrc in,liYidualistc de la propriété. Cette prétention n'est pas aussi arbitraire qu'elle paraît au premier abord. Elle est le résultat d'une obscn·ation juste en soi, mais trop partielle, des phénomènes sociaux. La yue juridique de ces phenorncncs en obscurcit la vue réelle, et ici encore un idcalismc lütif et p;ir conséquent mal informe nous joue cc mam·ais tour de nous faire considérer les rapports des faits non directement, mais dans leur reflet idéal. Il est très nai qu'au fur et à mesure que les sociétés humaines se:compliquent et se perfectionnent, les indiYidus dont clics se composent acquièrent plus de liberté, leur personnalité s'affirme et se dégage Je plus en pins, leur droit sur les choses s'exerce aYcc plus de plénitude et d'intensité. Pour rester dans notre sujet, nous Yoyons le droit romain élargir les attributions propriétaires de l'indiYidu en mvmc temps que permettre l'aptitude de posséder à un plus grand

LA PROPRIETÉ IDÉALE 9 nombre, et nous pOU\'Ons compter les étapes parcourues par le monde latin depuis les ·temps primitifs cl'indiYision propriétaire de la gens représentée par son chef jusqu'à l'individualisme absolu, sous réserve de l'utilité publique, codifie par ,Justinien. La proprieté est le signe tangible en même temps que la source. et la garantie rnatericlle de la liberté personnelle, ci\·ilc et sociale. Il est des temps et des lieux oü le droit ci\·il, qui indique le degré de liberté personnelle dans la société, ne semble pas en rapport avec le droit politique qui lui est contemporain. Ainsi, nous voyons la Rome des Césars croupir sous une honteuse servitude -politique, alors que les institutions civiles ont porlé les garanties de la propriété personnelle à leur plus haut degré de perfection. Inversement, nous \·oyons la démocratique Athenes admettre le jeune homme de dix-huit ans, de seize ans même, au rang de citoyen, bien avant que l'extension du commerce et le èé\'cloppement de l'industrie l'ait contrainte à faire sortir absolument la propriété de l'antique indi·i'ision familiale . .\fais ces contradictions sont généralement de pure apparence. Quand elles sont réelles, elles ne durent pas, une contraction violente se produit pour réunir dans les mêmes mains le pouvoir et la richesse. L'histoire est pleine de ces exemples : Le lendemain des croisades nous montre notamment une noblesse appauYrie, contrainte de céder une partie de sa puissance à la fraction de la plébc qui s'était enrichie par l'industrie et le commerce. C'est de cc moment que date l'abandon graduel par la noblesse du signe le plus évident de la puissance publique : le droit de juridiction, que le souverain, chef de la noblesse,\ l'origine et de\'cnu progrcssiYernent le représentant de la nation tout entière, s'arrogea pour l'exercer par des délégués pris dans le sein de la nation. Cc qui denit finalement .contribuer à amener la noblesse a sa déchéance finale, c'est que, tandis que celle-ci se faisait payer pour remplir les charges publiques, la bourgeoisie payait pour participer au pom·oir. Tandis que celle-là Yi\'ait par la gràcc du souverain, celle-ci virnit et se devcloppait par sa propre volonté de joindre à sa croissante puissance économique la puissance juridique et administratiYe. !l est donc bien exact que, plus la propriété est la chose personnelle de l'individu, plus cet individu est libre, personnellement et socialement. Mais il ne s'ensuit pas rigoureusement que la forme indiYiduelle de la propriété soit la seule qui puisse assurer la liberté personnelle et sociale, ou alors il faut avouer que, la propriété personnelle n'étant accessible qu'a un certain nombre, il n'y aura pas de liberté personnelle ou sociale pour tous les membres de la société. En réalité, ce n'est donc pas parce que l'homme tendait vers plus de liberté que la propriété s'est davantage incorporée à lui, mais parce qu'il conquerait plus complètement la propriété qu'il est devenu plus libre.

lO LA RE\"UE SOCIALISTE Cette conquête n'a pas été un acte de yo]onté réfléchie; clic a eté le resultat d'une constante e,olution dans ks procédes <letra,·ail, b·olution qui a dctcrminé les diYerscs formes de l'appropriation des instruments de traYail et des produits. Aux t1.:mpsprimitifs oi.1le groupe familial cxecutait les rudimentaires t.ichcs qGi assuraient sa subsistance san-; aucune aide exterieurc, L1 famille ctait un tout econornique intliYisiblc : la g.mk et l'entretien des troupeaux, la culture des champ-;, le filage et le tissage du lin et de la l.tine, le broyage du gr.1in et la cuisson du pain, la construction des abris, Li confection des Yêtcments étaient de-, operations de traYail qui s'effectuaient toutes dans la famille qui, tout au plus, les specialisait entre ses membres et scion leurs forces: aux enfants la garde <les troupeaux, ,1m;hommes le labour, aux femmes le filage, le tissage, la couture. li rn de soi que, dans un organisme ainsi constitue, l'indi\'i- ~ion et.lit Li régie : chatJUCmembre de la famille apportait son effort au serYic<d: e la com111trn,wte,qui lui donnait en échange le YiHe et le couvert. L'institution de l'escl:l\·agc ne modifiait rien ù cette n:gle, puisque les esclaYesétai<:ntincorporés i h famille; ils formaient cc qu'on pourrait appeler un bétail raisonnable. Cc n'est pas leur traYail en soi qui a eu la moindre influence sur la forme industrielle et quand nous les a,·ons rns se spécialiser dans des professions dont le profit, d'ailleurs, de,·ait rcn:nir ù leurs maitres, c'est que, sauf aux champs et dans une mesure limitee, la di,·ision sociale du trayail (libre ou scn·ile, peu importe) avait succéde ;\ l'indi\'ision originelle et aux rudimentaires spéci.ili,ations du tra,·ail domestique. 011 peut dire que, si Li proprietc indiYidu<:llc est née de la division sociak du tr,1\'ail, c'est-à-dire de la S?ecialis,1Lion en professiom des di,·crs modes de l'activite productiYe de l'homme, la propriete capitaliste ..:\t née de la di,·ision m.rnufacturiere du travail. :-:aturellcment, les mêmes c1use\ ont amcn0 les mêmes effets : L'cxcedent de production n'.:sultant du trarnil familial a fait sur<rir une catl'.•<>orie • sociale dont nous constatons l'existence bien a,·a1~t l'apparitio~ du premier artisan proprement dit: celle des m.irchands. Assurement, à l'origine, le chef de famille était le Ycndcur direct de son exccdcnt de production; de nos jours encore, quanti te de paysans Yiennent au marche offrir leurs produit, directement aux consommateurs des Yillcs. ?\lais i côté des m;irchés à jours et lieux fixes de la haute antiquitc, il s'etabiit des marchés ambulants, grke .\ l'esprit d'initiatiYc que dé,·c\oppérrnt des besoins non satisfaits. Le négoce fit naitre l'industrie. Certains productems, assurrs c.1ésormaisd'un dehouche, SC speci;1ltsl'.-rendt ans une industrie et, au liL:u de YL:ndre l'cxcedcnt <le leur production, se mirent ù produire en vue de la vente, c'cst-:\-dire à YendrL:toute leur production, quitte à acheter les denrées que la

LA PROPRIÉTÉ IDÉALE I I spécialisation industrielle ne leur permettait plus de cultiver ni de produire. Ces premiers artisans se group(rent naturellement autour des lieux sacrés qui ét:iient à la fois des temples et des marchés et, réunis aux rnarclnnds, formcrent les prcmicres \'illcs. La di\'ision manufacturit'.:re du tra\'ail, qui a fait de l'artisan un om-rier, en réduisant celui-ci à la fonction d'un outil \'i\'ant !i. qui l'intelligence serait plus nuisible qu'utile, est également née de l'excédent épargné de la production. Tel industriel occupant dix ou douze artisans s'est un beau jour aperçu (trcs tard, car cette forme de production est relati,·cmcnt moderne et ne rcmontt: gucre plus haut que la Renaissance) qu'au lieu de foire exécuter par chacun de ses ouwins les dix ou douze opérations que nécessitait la confoction d'un objet, le tra\'ail irait beaucoup plus \'itc si chaque ouvrier ne st: liHait qu':'t une seule opération sans cesse répétée, attendu que chacun, astreint aux mêmes gestes, lt:s cxécutuait plus rapidement. C'est l'histoire dt: la fabrication de l'épingle d'Adam Smith. C'est Li n'.:ellement l'origine de la propriété capitaliste et le point de départ de son développement. Des lors, l'ouwier Yoit lui échapper les deux moyens. qui pou\'aient lui donner la propriété dL:son travail : son outil, incorporé à la manufacture et devenu la propriété du patron, et son acquis professionnel, dontccluici n'a plus que faire. L'introduction des machines dans l'industrie n'a pu é,·idemment profiter qu'à ceux qui a\'aient pris l'avance, c'est-à-dire à ceux d'entre les p:itrons qui arnient le plus habilement et le plus intensément pratiqué la division manufacturiérc du tra,·ail, et si l'on yeut se rendre compte dc l'impossibilité oü est aujourd'hui le tra\'ailleur de reprendre possession de son outil d'antan et de rede,·enir le propriétaire de tout le produit de son labeur, il faudra d'une part considérer que la force totale déployée par les moteurs mécaniques en France approche celle que déploieraient soixante-quinze à quatrcYingt millions d'hommes faits. li ne peut donc être question de détrnire cette force pour lui substituer celle que produiraient cinq à six millions d'ounicrs et d'ouHiéres par leurs seuls bras armés de l'outil primitif. Il ne peut pas être da,·antagL:question de répartir cette force entre les traYaillcurs réindividualisés et r~installés chacun chez soi, puisque, sauf exceptions infimes, chacun de ces moteurs méc:iniques qui produisent cette force nécessite la coopération d'un certain nombre d'ouwicrs. li faudra de plus et surtout corisidércr que, si l'artisan pouYait presque toujours, jadis, épargner de quoi acheter ses outils ou les. fabriquer lui-même, à mesure que se perfectionnent les machines, le matériel de production devient de plus en plus coûteux au regard du prix de la main-d'œuvre : Le personnel des chemins de fer réunis, qui compte enYiron cent mille indiYidus, aurait à Yerser un capital de quatorze milliards, soit pour chaque ouvrier ou employé un capital de

I2 LA RE\"UE SOCIALISTE cent quarante mille francs, pour que ces traYaillcurs n.:dc\·insscnt propriétaires de cc formidable outillage. S'ils comptent s_urleurs scul_es économies, les .1gc11tsdes chemins Je fer sont encore 10111,on le Y01t, de réaliser leur ideal de propriété. I \' Les docteurs de l'économie politique affirment qu'en somme cet idéal est réalisé, ou:\ peu prcs. Par sa mobilisation, la propriéte est deYcnuc accessible ,i tous. Qu'importi.: qu'on ne puisse plus dire : « Cette maison, cc champ, cet outillage est :\ moi, à moi tout seul », si l'on tire de ces choses les jouissances qu'elles procurent. Chacun n'a pas sa Yoitun.: .i soi, mais des YOiturcs publiques transportent quiconque le désire pom une somme minime. Chaque mL·11.1gc 11'.1 pas son potager et son \Trger, mais les légumes et les fruits produits par le mar,1ichcr et le j;1rdi11icrsont :1111c11éàs peu de fr,1is sur la table de ch.ique mén:igc. Et ainsi du reste. Il est certain que cc: qu'on recherche dans Lt propriété, cc n'est pas tant la possession en soi que l'utilité qu'on en peut tirer, et les économistcs ont sur cc point une Yuc des choses plus réaliste que lcs juristes et les métaphysiciens. Quand ils constatent que la forme capitaliste de la propribé industrielle a été un mcrYeillcux moyen de multiplier les produits tout cn diminu,1nt leur Yalcur, ct p.ir ainsi de les mcttrl' ù l.t disposition d'un plus gr,rnd nombre de consomnutcurs, ils sont également d,rns la Yérité absolue. On ne peut nier que la consommation moyrnnc de cc temps est,\ la fois plus abond,1ntc et plus Yariée que la consommation moyenne des époques où la production et les transports s'opéraient par des moyrns individuels et rudimentaires. L'organisation capitaliste substituée à l'inorganisation industrielle primitiYe est donc, en somme, un bienfait social, puisqu'elle permet à un plus gr.rnd nombre d'individus de jouir des fruits de la nature et des produits de l'industrie, et les critiques qu'on peut clcver contre clic ne pourront porter que sur des détails. Aux petites monarchies industrielles et commercialcs, onéreuses irrnorantes tracassicres ' ::, > ' succédent les grandes républiques de la production, de la circulation et de l'échange, qui sont deYenucs Je Ycritables forces sociales. Qu'étaic1{t l'industriel et le commerçant aux. époques où leur actiYité s'exerçait par de petits moyen~ dans un r,1yon de faible étendue? Moins que rien au regard du prêtre, du magistrat, du noble Les labeurs de l'industrie et de l'cchange étaient obscurs autant que méprisés. La socictc reposait sur ceux. qui s'y consacraient, en les écrasant. Les luttes entre les puissants de la terre les deYastaicnt, et les rcjouissances

LA PROPRIÉTÉ IDÉALE de la paix acheYaient leur ruine. Aujourd'hui, l'industrie domine le monde, et c\:st pàr des largesses qu'elle manifeste sa souYerainetl'.:. Ses largesses, clic les prodigue à tous, affirment ceux qui ne se retournent Ycrs le passé que pour glorifier le présent. Le patron disparait du champ de la production; il est remplacé, en tant que propril'.:taire, par des associations d'actionnaires épaulées par une infinité d'obligataires. La direction du tra\'ail s'en excrcc-t-cllc moins et oscra-t-on dire qu'une sociüé anonyme a moins d'initiatiYc ou de judicieuse économie qu'un patron? Dans les branches de la production où le patron, le propriétaire indi,·iducl n'a pas encore disparu, la classe moyenne exerce son activité au mieux de ses intl'.:rêts. \'oilà donc deux classes sociales : les capitalistes et les patrons, qui jouissent des bienfaits de la propriétc. Est-cc à dire que lc:s prolctaires soient déshéritt'.:s et que seuls possédcnt les gar,111tics de sl'.:curitc et de liberté personnelles attachl'.:1:s à la propriétc ceux-là entre les mains de qui se trouve le capital, soit dans sa forme immobiliérc soit dans sa forme rcpréscntati,·e? 'ont-ils pas une \'alcur intrinséque qui se compose de leur force physique et de cc qu'y ajoute leur force intdlcctuelle? Cette \'alcur 11'1:st-cllcpas cchangcable contre des moyens de jouissance et n'est-clic pas par le fait une propril'.:té aussi rccllc que les actions et les billets de banque qui sont dans le coffre-fort du rentier? ~'ont-ils pas le droit d'utiliser la propril'.:té de leurs bras :\ leur volonté, ù leur c:ipricc même? Ne pcu- \'Cnt-ib débattre le prix de leur traYail, et si leur tra,·ail, étant une marchandise comme toutes les utilités sociales qui sont objets de propriété, subit la loi de l'offre et de la demande, ne peuvent-ils se rcsigncr à une loi qui reg le également la yaleur des autres uti litl'.:s ociales, q u' clics soient possédc1:s par le capitaliste ou par le p:iysan? Les plus intelligents d'entre eux ne peu\'ent-ils s'affr:inchir du travail manuel et partici pcr ù la direction industrielle, prendre rang parmi les maîtres des arts, des lettres et des sciences, s'élever même jusqu'au gou\'crncment du pays? \'oil:\. cc que dit l'optimisme économique et social, mêlant le Hai et le faux, le fait et le droit, l:i chose et l'image a,·cc un parti-pris dont une systématique éducation mctaphysiquc est la seule excuse. Sans contester aucun des a\'antages sociaux que le rcgimc capitaliste a procurés à la socictc moderne dans son ensemble et sans nier la solidarité gcnérale dans laquelle se rcsolvcnt les antagonismes particuliers et collectifs, examinons si rcellcmcnt toutes les classes sociales ont eu une part cgale, vu leurs services, à ces avantages, si chaque individu est rccllemcnt proprictairc, soit par la chose, soit par le signe, soit en puissancc 1 e:t si une propriétc donne un produit égal ù son posscsseui·, qu'elle soit un champ, une action, un atelier, une force-travail ou une capacitc technique.

LA HE\' lJE SOC!ALIST E Si tout capit.1liste e~t un rentier, tout rentier n'est pas un capitaliste. Les économistes, qui classent tr.'.:sminutieusement ks richesses par espèces, n'ont pas Ju tout L1mérne minutie quand il s'agit Je la répartition de ces espèces entre les inLli,·idus qui les posscJcnt ou ks dètienncnt, au gr,rnd dommage de leur science qui se trouYe confince dans le domaine de l'obsen·,1tion tronquce, presque limitee aux phenomcnes de production et de circuhtion, autant qu'inutile, puisqu'elle s'interdit toute hypothèse, sauf sur les origi1:es, et toute gencralisation, sauf sur des chiffres et sur des quantiles dont on a separc ks Yirnnts et les agissants qui les produisent. C'est ainsi qu'additionnant les cotes foncièn.:s, l'econornistc dira : « Il y a en France tant de propriétaires», incorporant .'1 la categorie des propriétaires - k malheureux ouvrier :'tcinquante sous par jour qui culti\'c un carre de choux après son travail. C'est ,1insi que, comptant comme capitalistes tous ceux qui possèdent une parcelle du capital mobilier, ilMc Lirera capitaliste le concierge qui ,1.1chctek dixicnH.:d'une Yalcur :ilot, 1101p1our les centimes que cette part rapportera ,111nuellernentmais pour ks chances de fortune que lui donne cc billet de loterie. Considerons les choses du point de Yue sociologique et appelons capitaliste celui qui possc<lc assez de capitaux polir exercer une .1ction directrice sur une partie de l'actiYité economique gèneralc . •\ l'aurore du monde économique moderne, les capitalistes, c'est- .'1-dircles possesseurs du c,1pital, les dirigeants économiques, èt.lÎent spècialisl'.:s: l'industrie et le commerce ,\\·aient leurs patrons, les transports leurs entrepreneurs de roulage et kurs arnutcurs, l'agriculture ses proprietaires, le crèdit ses financiers. Ll coopl'.:ration capitaliste resultant de l'organis,1tion économique presente a cree, .\ coti'.: des p,ltrons, des negociants, des ,1rmateurs, tks propriétaires et des hanq uiers, :oute une classe d'hommes <]llisont tout cela ;'t b fois, ou plutôt ne sont rien de tout cela et n'en recueillent p.1s moins les profits que donnent ces di,·erses br,1nches d'e\.ploitation. L'organe du credit opl'.:re s,1m,1in-rnisc sur dies, au Îur èt .'t mesure qu'cll~s recourent .'t ses sen·ices, et le Ji.n.1ncicrest deYrnu le c.1pitaliste complet. Cè n'est pas a\·cc son propre capital qu'il a pu conquerir l'hl'.:gl'.:rnoniec.1pit.lliste, et si nul plus que lui 11'.1contribul'.: ,'t donner .'t la propriete des moyens de production, de circul,ltion et d'l'.:change le caractère impersonnel qu'elle rèn't tic plus en plus,\. cluque ,1pplication nouYclk de l.1science au tr,1,ail, il n'a p.1~tarde .'t s'aperc-:Yoir que la socil'.:tl'a.:ttendait de lui un ,llllre sen·ice, qu'il n'a pas hèsitl'.:ù lui rendre : il s'est supprime en

LA PROPRIETt rotALE tant qu'intcrmé<liaire (toute disparition d'intermédiaire n'est-clic pas un progrt.':s !) et s'.est bravement substitué aux chefs d'exploit:uion dont il a,·ait été jusqu'à présent le banquier. L'opération de banque est devenue pour lui subsidiaire. 1 c croyons pourtant pas qu'il y renonce, ni qu'il l'accomplisse ù regret; car, telle quelle, clic donne des bénéfices appréciables, surtout quand clic est privilégiée. Elle est pour lui un moyen Je domination et de conquètc dont il n'a garde de se dessaisir; aussi le YOit-011tenir l'organe national du crédit, la Banque de France, et mettre tout en œuvrc pour n'en être point dépossédé. Non qu'en cllcs-mèrncs et dans leur masse les opérations de banque soient productiYes d'un profit plus éleYé ou plus certain que les opérations industrielles; mais clics permettent au capitaliste de fayoriser ses opérations industrielles et mettent ses concurrents à sa discrétion. Déjà, on le Yoit guetter la grande propriété terrienne, que défendent énergiquement par des moyens politiques les non-possédants à peine sortis du servage antique; le grand secret de l'agitation antisémitiqÎ.1c est dans la lutte entre le capital immobilier qui se met en garde et le capital mobilier, qui ayant bientot ache\'é b conquètc de l'industrie et des transports, s'apprètc :i conquérir l':-1griculturc. :-lais les primes i la production agricole, qui ne peuvent d'ailleurs profiter qu':i la grande propriété, ne sont ni extensibles :i l'infini ni éternelles. Pour cc qui est de la petite propriété rurale, on sait quel gage a déjà pris sur clic le capitali~mc, au moyen du crédit, dcven u un instrument Je dépossession systématiq uc. Est-cc par le déYcloppcmcnt de ses propres rorccs que 1c capitalisme a réalisé cette puissance? Ses trois plus formidables moyens d'action, il les tient directement de la nation ù qui ses représentants les ont concédés : le crédit, les chemins de frr, les mines. C'est l'Éut qui lui permet de dominer dans l'État, d'y constituer cc qu'on a pu appeler avec raison la [éodalité moderne; simple intermédiaire ù l'origine entre l'Etat et ses cré:rnciers, c'est de lui que l'État est ù présent le débiteur; mis à même, par son caractére multiple d'in<lustricl et de négociant, de concentrer les denrées et de fabriquer les produits, il dc,·icnt nécessairementie principal fournisseur de l'État. De lui, c·cst-ù-dire de la collccti- ,·ité, le capitaliste tircù la fois s011capital et son revenu. Cc n'est donc pas par la libre concurrence, mais par le monopole, que le capitalisme s'est formé et développé, et l'histoire du capitalisme se développant par le libre jeu des forces économiques est à mettre au panier i coté du rabot et de la scie de Bastiat. En réalité, il en est de mèmc dans toutes les manifestations particulit.':rcsde la vie _sociale.Trop souœnt l1uiconqm.: demande la liberté, sous-entend la liberté pour lui contre autrui. On peut dire que le capitalisme a amplement joui de la liberté. Il Yade soi que le capitaliste étant le plus propriétaire des hommes, ,

16 LA RE\'VE SOCIALISTE il en est aussi le plus l,bn::. Il est ù peine besoin de dire que son action sociale est considérable. Tel pauuc diable qui n'approcha de sa Yieun o-uichct de banquier pourra Yous dire aYcc orgueil le nom de l'homme le plus riche de France, et cc malheureux, à qui une pensée élcYée donnerait assez de dignité pour lui permettre d'apprécier le peu de Yaleur morale de la richesse, sera incapable de Yous citer un nom d'écriYain ou de sa\•;rnt, et, sans la découverte du Yirus rabique, le nom de Pasteur ' n'eût été appris.\ la foule que le jour de son enterrement; elle l'cùt, d'ailleurs, oublié le lendemain. Rarc111entle capitaliste daigne diriger lui-mC:meL1politique, du moins ou\'ertemcnt. i\lais il n'en a pas moins ses préférences. Si, dans les États dé111ocratiques,il juge prudent de ne pas faire montre de sa puissance, il n'en interYient pas moins d'une manière acti,·c et efficace dans le sens, non <les.intérêts réels du pays, 111aisdes siens propres. Il est nai qu'il possède une si grande partie de la richesse publit1uc qu'il peut se croire autorisé à identifier l'intérêt public au sicn. Même dans les pays monarchiques d'apparence féodale et militaire, il exerce son action directrice ou modératrice. L'extension de sa puissance lui a fait tenir les frontières pour de pures limites géographiques, et elle lui donne une sorte de patriotisme international qui n'est pas fait pour déplaire,\ ceux dont la pensée sur cc point deYancc les temps. Le cosmopolitisme de la féodalité capitaliste est du reste fort accom111od.11\1•to.lonticrs elle fabrique pour ses gou \'crnemcn ts respectifs de formid.1bles engins de guerre qu'un progrès de l'armement fait jeter;\ l.t fcrr,1ille an bout de cinq ou dix ans; mais clic ne permet ni aux gouYcrnerncnts ni aux peuples de jouer aYcc cet outillage de mort, car une guerre européenne proYoqucrait une crise économiLJUe dont les c.1pitalistcs auraient ù ~ouffrir. i\lais c'c.:st~urtout dans les États démocratiques que le capitaliste est tout-puissant. Il a su, par la presse, qu'il soudoie, conquérir même l'opinion publique et lui imposer les doctrines économiques dont il est le bénéficiaire. Quant aux doctrines philosophiques, rnoralc.:s et politiques, il les dédaigne Yolontiers. Car, en somme, le capitaliste est une force de b nature, une force plutôt physique, sans aucune ccrébralité. Il lui importe peu que le peuple soit croyant ou athée; si le peuple aime l'eau-dc-Yie, le capitaliste en fera extraire de la bcttcraYe ou de la pomme de terre et lui Yerscra l'ivresse; rn.1is si le peuple entend ne plus p,1ycr les impôts de conso111rnation, le capitaliste achl'.:terales journaux, et les journalistes aycc, pour lui démontrer t}u'il est nccess,lirc que l'impôt soit payé par les p;rnncs, attendu que les riches pourraient, si on grcyait leur superflu, faire émigrer leur argent. Le capitaliste n'a pas de doctrines politiques, maie il soutient de préférencL' le~ conserYatc.:urs.Dans les deux grandes conspirations qu'ils ont org.1nisccs en France, au cours de la seconde moitié de cc siècle, contre

LA PROPR[ÈTÈ IDÉALE la forme rcpublicainc, les féodaux du capital 011t jeté leur or dans la balance. Mais cc qui réussit au Deux-Décembre échoua au Seize-Mai. Il s'est créé, au-dessus de la force matérielle que donne la richesse, une force morale que le capitalisme n'a pu atteindre faute de l'avoir connue. VI La classe moyenne est la benjamine des économistes, des moralistes, des publicistes, au moins en paroles. En fait, clic est la classe des proprictaircs par excellence. Quand on veut décourager les socialistes, c'est clic qu'on leur jette à la tête. C'est clic, si nombreuse, si aviséc,'qui saura défendre son champ, son atelier, sa boutique, ses obligations et son livret de la caisse d'épargne contre l'agression collectiviste. Car, si clic est capitaliste par sa situation, elle est prolctairc par son origine. Toucher à son droit de propriété serait attenter aux droits sacrés du trav:iil. C'est clic qui fut la garde nationale et c'est elle qui est encore le jury. C'est la France clic-même, la France citoyenne et bourgeoise, à la fois démocrate et conscrYatricc, pratiqu:intc par habitude et incroyante par :ittitude, bravache jusqu'à l'héroïsme, prudente jusqu'à la poltronnerie, modérée aYec Yiolcncc. Elle régie son estime pour le gouvernement sur les mouvements de la Rente, clic :iirnc la blague et ne supporte pas l'ironie, elle allie au goùt de paraître une sé,·érc cconornic, clic pleure sur la dcpopulation et ne fait pas d'enfants : clic est à la fois absurde comme don Quichotte et raisonnable comme Sancho Pança. Somme toute, elle a les qualités et les défauts que peuvent donner le sentiment de la propriété et la crainte de la dépossession. En général, clic ne sait sur le socialisme que cc qu'en disent les journaux que paie le capitalisme, et apres avoir maudit les révolutionnaires clic porte ses economics aux guichets des sociétés financiéres. Quand une débàclc la ruine à demi, elle refait patiemment son épargne en maugréant contre les révolutionnaires que son journal lui dénonce comme des spoliateurs; puis, dès que le journa·l an11once une nouvelle émission, elle court en hâte jeter au gouffre capitaliste l'argent qu'elle a gagné entre deux désastres. En présence d'une fidélité aussi obstinée, le capitalisme serait un monstre d'ingratitude s'il ne la faisait au moins rembourser en bonnes paroles par les écriYains qu'il a su ·convaincre de l'cxccllcncc de sa cause. Cependant, placée entre le camp de ceux qui aspirent à tout posséder et le c:imp de ceux qui ne possédcnt rien du tout, un peu de clairvoyance lui montrerait que l'ennemi pour elle n'est pas le prolétaire. Quand elle est en conflit direct avec lui, quand elle est contrainte 2

18 LA RE\.UE SOCIALISTE de rogner le salaire de ses ouHicrs, les gages de ses bboureurs, les appointements de ses employés, c:llc s:iit bien dire aux malheureux qu'c:llc met à la portion congrue, que la concurrence la force à agir ainsi, sous peine de disparaître. Elle sait alléguer la cherté et la difficulté du crédit, la guerre de prix que lui font les grosses entreprises mieux outillées et mieux renseignées. Et cependant, c'est contre le prolctaire qu'elle continuera de lutter et de déblatérer. Son ambition et son culte étant la richesse, son respect demeurera acquis à ceux qui la ruinent. Ave C,rsnr ... Quand, faisant litière des principes sacrés du laissez faire et laissez passer, clic dcm:inde protection ù l'État contre la concurrence étrangère, protection qu'cllc obtient (c:ir c'est encore clic qui dirige l'opinion des masses électorales et des assemblées délibérantes), profitet-ellc de cc répit pour amél iorcr son outi liage ou perfectionner ses procédés commerciaux? Elle n'a garLlc et, b,lltuc sur le marché international, clic ne sait même pas alimenter le m:irché colonial que la nation lui a ou\'crt :iu prix <les plus grands sacrifices d'argent et d'hommes. Son idéal n'est pas d'aller chercher le consommateur où il est, mais de le contraindre à s'approYisionncr chez clic. Elle sait assez d'histoire pour ne pas ignorer qu'au moyen âge le commerce et l'industrie étaient soumis ù une réglementation qui était ù la fois pour eux une contrainte et une garantie. Libérale jusqu'a l'anarchie pour protester contre toute contrainte, elle reculerait Yolonticrs jusqu'au douzieme siécle pour obtenir toute garantie. N'ayons-nous pas YU récemment le commerce parisien protester contre la construction d'un chemin de {cr métropolitain? L'idéal de chaque boutiquier était que le consommateur ne pùt s'éYadcr <le son quartier! D'oü lui \'ienncnt cette inintelligence, cette absence d'initiatiYe, ce caracterc contradictoire? De sa pau\Tcté; car l'l:parpillement ù l'infini d'une richesse considérable n'est pas seulement la pauneté pour chacun du fait que la part de chacun est forcément n.:duite, mais encore et surtout du fait que chaque effort est opposé à l'effort Yoisin, la libre concurrence étant la loi essentielle d'un tel régime. Et l'inintelligence patronale, incapable de conccYoir un plan de combat, et surtout <le l'ex<'.cuter, contre les forces capitalistes, cherche ses moyens de défense dans une exploitation plus intense des bras ouwiers mis à sa disposition par le marché du traYail, toujours encombré de cette denrée. Cette exploitation ;\ outrance du traYail salarié, loin de défendre le patronat, est encore une des causes de sa déchéance. Il est démontré aujourd'hui qu'un ounier bien nourri et ne tra\'aillant qu'un nombre raisonnable d'heures par jour produit da\'antagc que l'ouvrier mal nourri et surmené. Cette démonstration s'applique surtout à la moyenne et à la petite industrie, où la machinerie n'a pas le rôle prin-

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