LE SOCIALISME EN 1896 retentissement : « Les républicains progressistes et socialistes ont « droit au pouvoir: car ils sont capables de gouverner. » C'est quelque chose qu'un discoui·s ministériel ait une fois nommé le socialisme sans le maudire et sans le mettre hors la loi. Mais cette trè\'c n'a pas bé longue, et un autre ministère, qui est le protégé de la droite monarchiste, a Yitc repris cc programme unique et commode qui dispense de toute idée: - Le socialisme, c'est l'ennemi. - Et aussitàt tracasseries judiciaires, provocations policières, vexations de toute sorte ont recommencé de plus belle contre (< le monstre ,,. Chose curieuse et qui deYrait donner à réfléchir .i tout homme d'État digne de cc nom! Le socialisme a grandi sous les deux régimes. Je ne vois plus, en vérité, d'autre moyen d'arrêter son expansion que de l'exterminer par la force (et il est trop tard) ou de lui imposer l'épreuve du pournir (et il est trop tè>t). Toléré par le gouvernement, il a fait penser aux trembleurs qui ont besoin de sentir leurs opinions sinon approu\·écs, du moins permises en haut lieu, qu'après tout ces socialistes tant décriés pouvaient bien avoir du bon tout de même. Combattu, persécuté, il attire à lui ceux que rérnlte l'injustice; et comme il est l'adversaire implacable des tripotag~s financiers, le défenseur zélé de tous les petits qu'on maltraite et opprime, soldats ou instituteurs, allumettiers, professeurs ou employés de chemin de fer, comme il a su garder sa dignité parmi les platitudes officielles des fêtes franco-russes, comme il ne craint pas de flétrir les massacres commanMs par d'augustes assassins et de reprendre ainsi les généreuses traditions de la France d'autrefois, il devient de plus en plus, pour tous ceux qui ont quelque fierté ou quelque légitime sujet de plainte, le grand redresseur de torts, la jeune incarnation du vieil esprit démocratique, le noyau de formation d'une République qui sera cette fois la waie République. Aussi n'est-il pas étonnant qu'il ait accompli cette année des progr6s considérables. Quantitc de faits, petits et grands, en apportent la preuve. Que l'on regarde les comptes rendus du congr6s féministe à Paris ou du congres de 1~ paix à Budapest, on pourra y mesurer la lente et profonde infiltration de ses doctrines. Qu'on parcoure les colonnes du Joumn.l Ojficiel et l'on pourra y constater la place d'honneur qu'y occupe l'éloquence des Jaurès, des Millerand, des Rouanct, des E. Roche, des Viviani, sans compter ses autres orateurs que j'ai déjà nommés ou dont je ne veux pas dérouler la longue liste. . Je sais qu'il est de bon ton et d'usage immémorial de dénigrer ceux qui ont le tort de s'être mis en vue par leur talent; on dirait parfois que l'ingratitude, la malveillance envers ceux qui ont trop bien servi leur parti est pour certains hommes un besoin, quelque chose comme une revanche ou une consolation. Raison de plus pour que je
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