La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LA QUESTION' SOCIALE DEVANT LES CORPS ÉLUS 599 que les partisans de la liberté individuelle, de l'initiative individuelle, du laissez-faire et du laissez-passer économiques sont précisément les plus ex,igeants en fait d'interdictions, de prohibitions, d'interventions diverses de l'État a leur profit. La théorie sacrée, on la laisse pieusement dormir dans le sanctuaire. On la réveille de temps à autre, quand il s'agit, au nom de la liberté, liberté chérie, d'arrêter quelque mesure de protection en faveur des ouniers. Admirable doctrine, instrument précieux, d'un usage commode, même en voyage! A la séance suivante a été discutée l'interpellation au sujet des massacres d'Arménie. Cochin, de i\fon, ont fait le tableau des atrocités turques. De Mun a péremptoirement prouvé que les massacres avaient été voulus, prévus et exécutés par le sultan, les troupes turques, etc. Ces massacres administratifs ont dû réjouir l'âme de Galiffet, prince des Martignes. Le brillant géneral a certainement regretté de n'avoir point eu sous ses ordres une di,·ision de cavalerie kurde. Ces àmes sceurs se seraient comprises! Esperons qu'à la prochaine gréYe le sultan ne refusera pas à son ami et protecteur, M. Hanotaux, quelques regiments de ces braves nomades qui s'entendent si bien à rétablir l'ordre. Tout le monde connaît b réponse hésitante, gènée, du ministre des affaires étrangéres. L'attitude louche, incertaine de la France dans cette affaire, le silence d'une presse achetëe par les assassins, tout cela est une chute morale de notre pays. Jaures heureusement est venu, au nom du socialisme, nous laver de toute cette honteuse diplomatie qui, à Kiel, confond la France dans la dornesticite du despote allemand et, pour ne point déplaire au des-. pote russe, permet au Turc toutes les joies de l'étranglement et du viol. Comme le disait la Revue Socialiste d'octobre, c'est le socialisme qui a repris, devant la faillite morale de l'Europe capitaliste, les grandes traditions nationales de la France. Les sans-patrie encore une fois ont été les vrais p:nriotes. Dans cette occasion, Jaures a prononcé un de ses plus beaux discours. L'émotion a été intense chez ceux qui ont pris part à ce royal. festin. Des amis m'écrivent que les auditeurs des tribunes, au milieu du silence lourd qui régnait, étaient pénétrés de cette sorte d'horreur sacrée qui se dégage d'Œdipe-Roi et du Théàtre antique: « Lorsque dans les rapports officiels des cons.uls d'Europe sur les faits des six principaux vilayets d'Asie-Mineure, j'ai lu les détails des brutalités atroces commises de concert par les Kurdes et par la soldatesque du sultan; lorsque j'y ai vu les premieres résistances de cette population arménienne, si longtemps moutonniére et passive, à l'arbitraire et aux pilleries des Kurdes; lorsque j'y ai vu les premieres rencontres sanglantes de ces nomades, dans les ravins et les bois, avec les pfnres et

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