LA QUESTION SOCIALE DEVANT LES CORPS ÊLUS 597 LA QUESTION SOCIA·LE DEVANT LES CORPS ÉLUS Après les chaleurs de la canicule et les fraîcheurs de l'automne, trois mois et demi de calme à la campagne ou aux eaux, après avoir pris part - en spectateurs - aux torrides travaux de la moisson et à la gaîté des vendanges, voilà que, ragaillardis, nos tailleurs de lois et nos cordonniers en budget se retrouvent, contents d'eux-mêmes, au· Palais-Bourbon. Pendant qu'ils témoignaient de leur intérêt pour l'agriculture et pour les paysans, en se couchant sous l'ombre des grands arbres, en mordant aux belles grappes bleuâtres ou ambrées, en jouissant quelques mois de ces enivrements apaisés que donne la nature et qui sont refusés i ces milliers d'ouvriers et d'employés des grandes villes, forçats de la pcrpttuelle contrainte, du perpétuel tumulte, de l'énervante corne du tramway et de la misérable blague du boulevard ou de la rue, d'autres agissaient sans rel:1che, ne se croyant point destinés au repos : les uns, les socialistes, tenaient divers congrès nationaux et internationaux et continuaient un peu partout la grande semaille socialiste; les autres, messieurs nos ministres, sous la présidence du champêtre M. Méline, méditaient les grandes réformes que l'on ne fait pas et arrosaient patiemment la fleur délicate des illusions ministérielles. Ces grands hommes préparaient leur plan : D'une part, leur bienveillance réactionnaire s'accentuait et d'autre part, ils comptaient sur la visite du czar à Paris pour prendre leur allure des grands jours, se redresser en Richelieus de l'opportunisme et frotter aux reluisants uniformes, aux casques et aux pompons de l'autocrate du Nord, leur roture et leur habit noir. Quoique républicains (oh ! si peu), ils étaient flattés tout de mê111"cd'avoir pour visiteur un empereur authentique, un homme qui n'a point à craindre d'interpellations et qui conYainc ses adversaires politiques par l'éloquence très pénétrante du gibet, de l'exil et des travaux forcés. Quelle gloire pour l'opportunisme que de recevoir le souverain fouettcur de femmes, qui, du tranchant de son
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