La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

UN DÉPOT DE MElŒICITÉ 4-5 tous les éléments psychologiques amalgames ici est nul. Il n'y a pas de volonté collective. Les tempéraments se neutralisent en une rcsultantc égale à zéro. Le n'.:gimc déprime profondément l'indiYidu et, pour éviter que toutes ces misércs communes ne s'additionnent en une dépression hostile i l'autorité, on prodigue les emplois, on multiplie les hiérarchies, on confie des droits et des prérogatives en quantité, on favorise la délation. On divise et on règne, l'ordre n'est jamais troublé ... mais la valeur morale de l'individu est diminuée, anéantie peut-être. On lui a fait comprendre que le succes dans la vie s'achetait par. la bassesse. 22 Dcccmbre. Cette anesthésie de la volonté indiYiducllc et collective se manifeste par de nombreux indices. Voyez le passe-temps des colons. lis s'accroupissent le dimanche sur des tas de bois dans la cour et racontent des histoires enfantines, de revenants et de loups-garous, agrémentées de remarques où se manifeste leur personnalité. Je pourrais ici noter un fol/dore spt'.:cial. Le tatouage est fréquent en ces lieux, c'est un art qui compte ses spt'.:cialistes. Mais le jeu surtout est la passion dominante qui endort les volontés. L'administration l'a compris et elle a donné au jeu un caractère officiel. A ces hommes, dont plusieurs doivent attribuer leur chute au jeu, l'autorité donne le déplorable exemple d'une organisation officielle du jeu. Non seulement il n'est pas interdit de jouer de l'argent, mais chaque ·dimanche on voit s'installer le loto officiel. Tables et bancs sont prêtés par la direction, qui désigne pour chaque partie un crieur et deux receveurs. Ce croupier dirige la partie aycc toute l'expérience d'un vieux dirigeant de roulette ou de trente-et-quarante. Il faut voir à certains jours l'indifférence des colons favoriser cette passion unique, en y apportant toute l'énergie de l'individu, toutes ses pensées, au point de la transformer en monomanie. 23 Décembre. Que sont les mœurs ici? Évidemment cc qu'en fait le régime. Un grand libertinage, une crudité continuelle règne dans toutes les conversations. Les désirs charnels dominent partout, s'excitant réciproquement, mais incontestablement affaiblis par la dénutrition et la faiblesse physique. Au' milieu de cette grande agglomération d'hommes se développe aussi le vice odieux qui en est la résultante. Il régne toutefois ici beaucoup moins qu'on ne pourrait le penser, surtout à cause de la durée relativement courte du séjour. L'époque où il fait son

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