FÊTES ET MASSACRES FÊTESET MASSACRES Il fut un temps où les appels des opprimes du monde entier éveillaient en France u~1écho douloureux et retentissant. Aujourd'hui, au nom de la raison d'Etat, on massacre en Arménie en Crete à Cuba ' ' ' et cependant que fait la France officielle soi-disant républicaine? Elle s'épuise en adulations pour un souverain étranger qui lui rend Yisite; elle s'enroue à crier: Vive le Czar! Mais elle est muette, quand il s'agit de condamner ces assassinats en masse·; elle n'ose pas même tcmoigner de sympathie aux victimes. Qui sait, en effet, ce qu'en pourr:iit dire l'empereur de Russie? Eh bien! Dans cet abandon de la généreuse tradition française, dans ce reniement d'une cause humaine et sacrée, la cause de la justice et de la pitié, les socialistes de France refusent de suivre les ministres-courtisans qui, à la remorque des partis monarchistes, font assaut de scrvilisme devant les têtes couronnées; à l'Internationale des gouvernements, assurance mutuelle contre l'esprit d'indépendance et les revendications des travailleurs, ils opposent réso!t'.1ment l'Internationale des peuples, éternelle protestation du droit contre la force. Ils savent que la Russie peut devenir, en certaines circonst:inces, une alliée précieuse pour la France. Mais ils savent aussi qu'on ne respecte que ceux qui se font respecter, et, s'ils comprennent qu'on accueille avec courtoisie un prince qui se trouve avoir avec notre pays des intérêts communs, ils n'ont pu voir sans écœurement une partie de la presse et le gouvernement lui-même déprécier la valeur des sympathies françaises par une attitude qui manquait parfois de dignité. La population, plus fiére que ses dirigeants, a fêté avec une cordialité calme qui a été remarquée, non le représentant de l'absolutisme, mais celui que le Président du Conseil municipal de Paris a appelé « l'allié de la République française »; et il serait à souhaiter que le spectacle d'une démocratie consciente de sa force pacifique et soucieuse de cc qu'elle doit à son glorieux passé eût laissé au Czar un souvenir assez vif pour le déterminer à mieux traiter ceux de ses sujets qui ont de légitimes aspirations à jouir aussi des libertés occidentales. En tout cas, dans l'agenouillement que certains individus ou certains groupes ont cons~illé et pratiqué, ce sera l'honneur des socialistes d'être restés debout. GEORGES RENARD.
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