LA SOLIDARITE ET L'I:-;DI\"IDUAL!S)tE ï21 has,1rd, des circonstances et de sa propre imprévoyance, s'il avait été un grand homme politique comme Henri l\', Richelieu ou Cromwell, il ,1urait moins ébloui l'histoire. Il n'aurait pas été empereur; il ,1urait moins boulc,·crsé l'Europe, fait moins de guerres et conséquemment g,1gné beaucoup moins de batailles. li n'aurait pas fait de ses fréres des rois. Il aurait constitué trois États fortement u_ms, la France, l',\llcmagnc et l'lt.ilie, qui auraient formé une fi:dération curopé-cnne toute-puissante; il n'aurait pas eu à créer, pour des nécessiti:s militail·es, l'im!ustrialisme qui est devenue no1re incurable plaie· .'.:conomiquc, d, tout en conservant pro,·isoiremc.:nt les institutions révolutionnaires, il aurait du moins po:rmis à la France d'élaborer un droit nou,·eau conform-.: à ses tr,1ditions et aux nécessités. li n'aurait p,1s été un grand capit.\Înc : il n'aurait étc: qu'un grand citoyen. C'est ,i propos du cas de ~!. Fi:lix Liure que s\:st nunife,tcc la doctrine d1: Li responsabilité individuelle. Or, on peut, sinon prévoir, du moins supposer s.111snulle exagération qu'un souverain professant le préjugé contraire, comme Guillaume Ir, qui fait cond.rnrnu les critiques ,1dn.:ssées ,\ son grand-père com1111d.:es crimes de lcse-majcsté, recherche l'occ,1sio11d'un conflit, ainsi que lors de l'affaire Schno.:bclé. [i n'aur.iit qu';i faire, devant la cour ou devant des .1111bass.nlc.:ursu,m: allusion offens,rntc .\ la parenté de.\!. Ft'.:lixFaure, qui, en briguant la présidence de la l{épublique, n'y a p..:ut-être pas assc2 songé. Cc n'est pas celui-ci qui irait, comme 111s1imple citoyen, dcmamkr au sou,·..:rain rcparation de J'offense et .'.:changer .1\'ec lui di:s balles dc pistolet ou croiser l'épée. Cc sont des centaines de mille hommes qui, le connaiss,mt ,i pein-: de nom, s'en iraient, pour venger son offense, le représenter sur les ch,unps de bataille, lui qui représente ficti,cment Lt France. Que ser,1it cette guerre? Probablement un désastre pour d<.!ux nations au moins. :--Liis,quel qu'en pùt ètrc le résult,H, il n'en est pas moins nai que deux peuples seraient responsables des consequcnccs d'un acte dans lequd on prétend qu'il n'y a p.1s de responsabilité, si cc n'est pour un indiYidu disparu, dont 1111jeune ncgociant en cuirs a épousé autrefois la fille, sans pré,·oir qu'il \'Oudr.1it ètr1: et serait un jour président de la République. Quoi que puissent dire Ic.:sd0ctrinaircs de !'individualisme, on est, en réalitè, qu'on le ,·cuil!t.: ou non, responsable de son pays, de son parti, de ses ancètrcs, de sa famille, mèmc dans une certaine mesure de ses amis, et le seul homme qui puisse se flatter tk n'üre responsable que de lui-mème, et de faire seul sa dcstint'.:e, est celui qui reste isolé, n'ayant pas de famille, déuché de sa patrie, ne voulant rien être, n'étant rien et demeurant par const'.:quent aussi inconnu qu'inutilc. PIERRE DE:-;1s.
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