La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

672 LA REVUE SOCIALISTE éYidcnt qu'ici les deux troqueurs ne sont plus quittes l'un cnYers l'autre. Pour nous en convaincre, supposons qu'il s'agit de reYcnir du rcsultat du molle jeYonien :i celui du mode gossenicn : il faudrait reprendre du grain et de la Yiandc à B de façon :i augmenter les intensités de ses derniers besoins satisfaits de 3 :i 5 et de 6 it 10, et donner cc grain et cette Yiandc :i A de façon à diminuer les intensités de ses derniers besoins satisfaits de 7 à 5 et de 14 à 10. Ainsi, dans le mode gossenien, B fait :'t A une c~ncession volontaire ou forcée ( 1). On trouYe donc bien ici aux prises les deux doctrines sociales qui se disputent la thforic de la propricte; et on pourrait déjà prononcer entre clics. Je n'aborde pas encore cette question qui serait ici compliquée de la question de savoir d'où ,·icnt le grain, d'où Yient la Yiandc. Tout cc que je soutiens, pour le moment, c'est que, si A el B 0111le droit de 11w11ger /'1111 /011/ so11grai11,l'a11Lrfeoule sa vimzde, ils 011/ le droit d'w troquer 1111peartie se/011lepremier des deux sysle111e1s1prése11ce. Quant au second systeme, je ne le réprouve pas du tout; j'en définis le caractère. En n'.:alitc, le troc gossenicn n'est pas un troc, mais une mise en commun des deux marchandises. ,·oici un exemple de cc partage fraternel des biens dont j'ai garde le souYenir. En 1846, au collège de Caen, tous les jours, au gol'.ncr de quatre heures, nous étions une trentaine de pensionnaires assis autour d'une table du petit (1) Yoici l'illustr:uion géométrique de cette double :111:tlyse : GG11 \'V. sont les courbrsd'utilitê du grain et tic b. vi.mde pour A, rapportt!cs :t deux axes : un axe des quantités vertic:11, et un :ixe des iutensJlésdes derniers besoi,is salis/ails, ou plus brii:,·emcnt des raretis, horizont:tl. 0 a est b qu:tntité <legr.1i11possédée par A. OGa et a R.. sont les intensités des premier et dernier besoins <-k gr.tin qui seraient S;.ttisfaitsensuite de h consomm:ttion de toute cette quantité par A. L1 surface 0 a R. Ga est b somme de satisfactiondt besoins, ou plus brièn:-ment l'utiliti effective, qui serait ainsi obtenue. GGb, \'\\, sont ]es courbes d'utilité du gr:tin et de l:t viande pour B. 0 b est 1:t quantité de Yiande p::trlui possédée. OYb et b Rb sont les intensités initi::tle et marginale de besoins s.1tisfaits et 1a surface Ob Rb\\ est l'utilité effccti\·c qui correspondraient ;"t 1a consommation de toute cette quantité par B. Suh·.111t le tro.: jcvonien, dans ces conditions, ce serait au rapport d 'Cchangc de 1 de viande contre 2 de grain qu'aur:iit lieu l'êga.lité de l'offre et de la demande effectives des deux n1:1rd1::mdises.La quantitC ax = Ox' de grain s'échanger.1it alors contre fa quantitë by = Oy' de viande; et l'on aurait les équations soit l'équation X ;?a = )'' •f• • x' ~b J'}.t> Suivant le troc gossenicn, :iprês reprise de a X= OX.' de grain à A pour B, et reprise de b Y= OY' de vi.rnde à Il pour A, on aur.1it les deux équations X 1 1>. ::::& X' cf>b, y 'I\ = Y' ,r.. Donc, pour revenir du troc je\·onicn au troc gossenicn, il faudrait dépo uîllcr B de la quantité x'X' = xX de grain et de 1:t quantité yY = y' Y' de \·ianJc au profit ùc A.

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