, 632 LA RE\'UE SOCIALISTE Le p.:uple, qui a le sentiment inné des belles choses, ne peut pas alkr au thi'.:.\tn:. Un travailleur, manuel ou intellectuel, à la fin de sa tournée, ne songe qu'à se reposer de son labeur commencé trop tot, jcrmine trop tard. D'ailleurs les places sont trop chères. Et si, une fois par semaine, il peut distraire de son maigre budget une petite somme d'argent, cc sera pour le café-concert, dont l'accés est peu onéreux, mais oü il se pourrir,1 le goùt, la jolie et fine chanson y étant remplacée par la scie pornographique, et l'art se bornant à étaler des demi-nudités et ,1 montrer comment une belle créature se déshabille et quc:Ic est sa manière de se mettre au lit Comment Youlez-Yous qu'un artiste soit pousse cr encouragé à proJuirs:: une œuvrc dans de pareilles conditions, puisqu'au lieu d'être jugec par le peuple, l:i grande foule anonyme capable de passion et d'enthousiasme, clic ne peut être en tendue et goûtée que par un public r~strcint de désœuvrés stupides, uniquement conduit par le caprice et la cabale du moment? Comment ,·oulez-,·ous qu'un artiste puisse se réYi'.:lcret se produire d,1ns cette fin de siècle où l'art est monnayé, où une œuYre est considéri'.:ccomme un objet négociable ayant plus ou moins de Yalcur scion le gain qu'elle peut rapporter, oü il faut sacrifier les illusions d'idéal, les ,·isions d'azur :i l'in.::luctablc besoin du pain quotidien :i manger, de la pic ce de cent sous :i conquérir? Heureux si le pauHc artiste a l'énergie vaillante et la belle confiance en l'avenir, en l'époque bénie d'une société meilleure oü il sera possible de ne pas répondre, comme notre grand Berlioz, un jour qu'on lui demandait pourquoi il ne composait plus : cc Je ne suis pas assez riche! » HENRI 1-IOLLEVILLE.
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