La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LE TERRIA~ISME OU SOCIALISME NATIO~AL 73 La plupart des socialistes ne se rendent pas bien compte du machiavélisme de la tactique employée par les industriels et les fin:inciers pour attirer à eux les bras et les capitaux et les aYoir à Yil pnx. La lutte qui existe entre le patron industriel et l'ouvrier n'est qu'une dépendance de la grande guerre qui a existé de tout temps entre l'agriculture, le sol, qui est la patrie, et l'argent, qui n'a pas de patrie. Pour s'enrichir plus rapidement, les industriels et les financiers ont fait prêcher, sans remords, par leurs agents, les économistes, des doctrines fallacieuses qui devaient conduire à la ruine de l'agriculture d'abord, puis, fatalement, à la ruine de l'industrie et finalement à la ruine généràle. Une fois les esprits ernpoison nés par les doctrines pernicieuses de l'école de Manchester, qui ont fait de la fertile et verte Erin un pays de meurt-de-faim, et qui sont entrain de faire de la France une grande Irlande, il fut facile de faire faire toutes les lois en fayeur des industriels, des financiers, des agioteurs, des accapareurs, et de faire . mettre toutes les charges sociales sur le dos des malheureux. campagnards qui, ruinés, découragés, émigrent dans les Yilles, allant partout: dans les chantiers, ·les ateliers, les bureaux, les usines, offrir leurs bras et leur intelligence au rabais. C'était le résultat cherché. Et aujourd'hui, où il y a dix journées à faire, il se présente vingt ouvriers pour les faire. Avec une pareille abondance de bras, les salaires ne peuvent que continuer de baisser, malgré toutes les grèves qu'on pourra faire. Voilà, obtenus, quelques-uns des résultats cherchés par la ruine de la grande industrie de l'aliment : avilisse111enctontinu des salaires, chômagesinévitables et de plus en plus fréquents, impuissancedesgrèves. D'un autre côté, l'épargne ne pouvant plus s'employer avantageusement en achats ou ameliorations agricoles, ou en prêts à l'agriculture ( r) devait aller fatalement s'engouffrer dans la poche des financiers tripoteurs, attirée par la promesse menteuse de revenus fabuleux. Autre résultat cherché et magnifiquement obtenu, grâce à la sottise publique, qui a joué les premiers rôles dans notre ruine sociale. En outre, par la ruine systématique de l'agriculture, le sol a subi une telle dépré~iation, qu'aujourd'hui les membres de l'internationale jaune peuvent se créer de grands territoires de chasse ou d'immenses fiefs pour un morceau de pain, donné aux moyens et petits proprié- (1) La plupart des créances hypothécaires sont aujourd'hui irrécouvrables parce que le produit de la vente ne payerait pas les frais d'expropriation.

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