La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

UNE <( UTOPIE » DE 1848 Au moment Olt l'on fondait l'Association alimentaire, le Conseil municipal établissait une nouvelle école, <lcstincc à préparer la jeunesse à diverses carrières. On désirait que cette école pût admettre des internes; mais la création d'un service particulier pour l'alimentation de cette catégorie d'élèves présentait des difficultés, et le Conseil hésitait. On eut alors l'idée de charger l'Association alimentaire de la nourriture des élèves internes de l'École professionnelle, ainsi devenue un internat sans économe, sans cuisinier et sans cuisine. Voici comment fut rcglé cc fonctionnement, peut-être unique dans son genre_: L'École et l'Association alimentaire sont établies dans l'ancien couvent de Sainte-Ursule, acquis par voie d'cchange. Elles sont indépendantes l'une de l'autre; mais une porte intérieure met en communication la cuisine de l'Association avec le rcfcctoire de l'École. Aux heures des repas, la porte s'ouHc et les 'domestiques de !'École viennent prendre la nourriture des clcves. Depuis 185r, cet état de choses dure, sans rcclamations de part ni d'autre, à la satisfaction géncrale. L'Écolc payait au début o fr. 80 . par jour et par élcvc, soit ro,717 fr. 65 en 1851 et 16,377 fr. 60 en 185 3. Ce prix fut clevc à o fr. 90 de 1854, Olt l'Association encaissa 18,690 fr. 90; à 1871, où le total s'cleva ,\ 19,463 fr. 10, puis à 1 franc de 1872 (22,534 fr. 75) à 1883 (66,961 fr. 15); enfin, il atteignit l fr. 05 en 1884 (62,786 fr. 10) et r fr. ro depuis le 1er décembre 1885. LES RÉSULTATS MORAUX Avec une remarquable prescience de 1'6volution que nous sommes, à l'heure actuelle, en train d'accomplir, les fondateurs del' Alimentaire anicnt surtout voulu cr6cr un organisme qui pût atténuer ce qu'a d'atroccmcnt brutal la lutte des diYerscs industries, dans laquelle le capital et l'outillage qu'il sert à crccr constituent les principaux facteurs de succcs et où la main-d'œuvre, de part et d'autre, ne joue plus qu'un rôle stcondairc, dont on a tout intérêt .\ amortir autant que possible l'importance, en la réduisant au strict nécessaire et en ramenant le salaire au juste prix indispensable pour que le salari6 puisse procurer, à ltii et aux siens, la portion congrue. Cc matériel humain pense, peine et souffre, mais ne coùtc rien à l'cmplbycur comme frais de premier ctablisscmcnt !Ji. comme entretien en temps de chômage; aussi les doctrinaires de l'Economie politique n'en ont-ils cure. Ils n'y songent que pour entretenir des forces de police et de gendar:ncrie suffisantes pour mettre à la raison ceux de ces outils animés qui, fatigués de clamer justice ou p~tié sans rien

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