La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

REVUE DES LIVRES 5 II mi.lieu d'une série d'études semblables, notamment sur les << Nouvellesde nulle part, par ·william Morris, La Cité future, par Alain le Drimeur, Dans cent ans, par Charles Richet, Cibèle, voyage extraordinaire dans l'aveuir, par Jean Chambon, Mon Utopie, par Charles Secrétan, Si ... étudesocialed'après-demaiu, par Auguste Chirac. » ~outes ces utopies, sans le tromper, séduisaient Benoît Malon et par le souffie de générosité qui les anime et par leur caractère de rêves, non pas seulement propres à faire oublier la réalité mais encore à l'améliorer, en fournissant comme but aux efforts un idéal. Le défaut général de ces ouvrages, et M. Hertzka n'y a point échappé, · c'est l'aridité de certains développements. Certes, l'auteur qui veut faire œuvre éle propagande, qui cherche à intéresser la foule, a toujours soin, pour faire passer la description du monde imaginaire qu'il crée, d'y placer une intrigue; il agrémente la thforie d'un roman, comme on cache une pilule dans de la confiture; malheureusement, la pilule resserrée, pour tenir moins de place, n'en est que plus amère, la doctrine, réduite à sa plus simple expression, devient sèche et presque incompréhensible. Mais comment faire? L'exposé d'un mécanisme social n'est point seulement œuvre d'art et, comme le disait à propos du livre si précis d'A. Chirac « Si ... », auquel il faisait le même reproche, • notre pauvre Bernier, « on ne marivaude pas avec la mathématique». Conclusion : il est préférable de renoncer courageusement à l'agréable et, demeurant sur le terrain scientifique, de se contenter d'être précis et clair. C'est d'ailleurs ce que fit d'abord M. Hertzka en composant son Frei/and. Le gros défaut d'Un Voyageà Terre-Libre est, croyons-nous, de laisser trop voir que la vulgarisation est, dans la science, ce qu'il y a peut-être de plus délicat. Le ·grand intérêt de ce livre, c'est que le rêve qu'il conte est déjà, jusqu'à un certain point, une réalité. De même que le Voyageen Icarie, de Cabet, eut sur les esprits, en I 848, une influence assez grande pour déterminer la création d'une Icarie au Texas, de même les livres du Dr Hertzka ont eu dans l'Europe centrale un tel suècès qu'une expédition est partie de Hambourg; le 28 février dernier, pour tâcher de réaliser Freila11d sur la côte orientale d'Afrique, exactement : à l'est du lac Victoria Nyanza, au nord de Zanzibar. • M. Hertzka, dans son livre, a supposé la nouvelle République fondée depuis longtemps. Un jeune homme riche, mais qui ne peut supporter le spectacle des injustices sociales, va s'installer à Terre-Libre et nous décrit son voyage. Si on laisse de côté le caractère un peu factice des descriptions, on se trouve en présence d'un organisme social fort curieux, encore qu'il soit loin de nous être pré~enté dans ses détails. L'auteur, tout d'abord, se défend bien haut d'être socialiste et tout autant d'être anarchiste. Il se contente d'être économiste, ce qui n'est qu'un métier, et optimiste, ce qui peut être une opinion. Néanmoins, son optimisme ne va pas jusqu'à lui faire trouver parfait l'ordre de choses existant. Il sait qu'il y a des misères et il veut les soulager, des iniquités et il cherche à les supprimer. Le moyen c'est, dit-il, l'exacte application des grandes lois économiques, des principes d'Adam Smith, de B~ntham et d'Herbert Spencer.

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